Frédéric Roels a quitté ses fonctions avec les représentations de Norma, un opéra de Bellini qu’il a mis en scène. Depuis le 1er octobre, c’est Loïc Lachenal qui occupe le poste de direction générale et artistique à l’Opéra de Rouen Normandie. Entre les deux hommes, tout s’est très bien passé. « Il a été formidable, d’une grande aide et d’une grande discrétion« . Loïc Lachenal a été nommé pour cinq ans le 31 mars par le conseil d’administration de l’EPCC pour mettre en place un projet comportant une forte dimension régionale.

La musique classique, Brassens, Pink Floyd et les autres — Loïc Lachenal baigne dans les musiques depuis qu’il est tout petit. « Ça chantait beaucoup chez moi ». La radio accompagnait aussi la vie de famille. Son père est fan de Brassens et Barbara. Alors Brassens ? « J’ai détesté. Il regagne peu à peu du terrain. Aujourd’hui, j’y vois de la saveur. En fait, quand on déteste, on aime un peu ». Quant à Barbara, « j’ai été happé. Sa mélancolie est redoutable ». Pink Floyd n’était pas loin non plus quand il était adolescent. Parmi les oeuvres fondamentales, il y a les Variations Goldberg de Bach, Le Sacre du printemps de Stravinsky et Elektra de Richard Strauss. « Tout cela forge une culture ».

Le piano, c’est l’instrument de Loïc Lachenal. Il a commencé à apprendre à jouer à 4 ans. Il décrochera un diplôme mais n’a jamais envisagé de devenir un musicien professionnel. « Je n’en ai pas les capacités. Ces études m’ont demandé beaucoup de travail. Ça forge un caractère. Plus ça devenait difficile, plus j’y trouvais un intérêt. J’aurais préféré accompagner les chanteurs, être chef de chant pour faire mûrir un rôle. C’est ce qui me plaîsait le plus ». Pas question pour autant d’abandonner le piano. « On peut tout aborder avec cet instrument polyphonique qui a une intensité de son ».

Son intérêt pour la culture ne s’arrête pas là. Il y a tout le spectacle vivant. Historien de l’art, Loïc Lachenal se souvient encore de ces études. « C’était fascinant de décrypter le sens des images ». Il confie avoir une passion pour la peinture italienne du XVIIIe siècle et être un « fou furieux de la culture antique. Ce sont des canons esthétiques dont il est difficile de se défaire ».

L’opéra — « Adolescent, j’y ai pris goût parce que les salles que je fréquentais étaient tenues par des directeurs qui avaient une vision moderne. Je me souviens d’un Lohengrin dirigé par Jean-Pierre Brossmann, des Trois Sœurs de Peter Eötvös ». Ce que Loïc Lachenal apprécie surtout dans l’opéra, c’est sa « dimension spectaculaire. C’est un vrai spectacle en musique avec une dimension physique de la voix. C’est aussi l’art de la rencontre et de la synthèse ».

Devenir un directeur d’opéra ? « Par rapport à ma trajectoire, je ne peux pas dire que je n’y pensais pas en me rasant… J’ai défendu les intérêts globaux des maisons d’opéra. J’ai partagé les peines et les errements des directeurs. Jusqu’à présent, la prime était donnée à l’expérience. J’ai regardé la carte des directeurs et je me suis dit que j’avais peut-être ma chance ». Dans l’appel à candidature, Loïc Lachenal a surtout remarqué « l’envie et l’ambition de porter cette maison d’opéra à une reconnaissance institutionnelle. Il y a des enjeux de développement. Ce n’est pas si courant aujourd’hui. Je me suis dit que ce n’était pas un recrutement pour rien. J’ai vraiment cru en la sincérité de l’avis de recrutement. Dans mes réflexions, je n’ai jamais dissocié les ambitions et les moyens. L’Opéra de Rouen Normandie a un budget de 12 millions d’euros. C’est quand même beaucoup d’argent. C’est bien quand on commence à parler d’ambition, à penser grand. Ce n’est pas un défaut. Après, il faut se battre pour obtenir les moyens ».

« Ouvrir à une forme d’émergence »

L’Opéra de Rouen Normandie — Loïc Lachenal connaît l’Opéra de Rouen Normandie. Entre 2006 et 2011, il a été délégué artistique d’Accentus, le chœur fondé par Laurence Equilbey en résidence au Théâtre des Arts. Le lieu reste à ses yeux « un formidable outil » et « un bâtiment à l’architecture moderne. Ici, je suis à mon aise ». Autre particularité de l’Opéra de Rouen Normandie : son orchestre qui a « une double mission symphonique et lyrique ». En ce qui concerne l’obtention d’un label national par le ministère de la Culture et de la Communication, « c’est en cours d’instruction ». Loïc Lachenal a d’ailleurs participé à l’écriture du document. L’Opéra de Rouen Normandie pourrait bien devenir très prochainement un Théâtre lyrique d’intérêt national. Comme Dijon et Lille.

Le projet — « L’Opéra est un élément structurant à l’échelle d’une région qui double ses dimensions. Je me suis posé la question : comment cette maison peut être un outil de développement du spectacle vivant à l’échelle de la Normandie ? Il faut travailler avec d’autres structures, être en relation avec différents partenaires. L’Opéra doit vivre en dehors de l’Opéra ». La création est un volet important du projet de Loïc Lachenal. Notamment la création contemporaine. « Il faut ouvrir cette maison à une forme d’émergence. Des collectifs très intéressants retravaillent le répertoire, le séquencent… C’est un pari ». Un pari lancé aussi avec les compagnies régionales. « Chaque saison ne sera pas hermétique les unes des autres ». Pour autant, Loïc Lachenal ne veut pas les inscrire dans une thématique. Il préfère « des propositions qui se font écho, qui se nourrissent et s’installent pendant quelques semaines dans une idée ».

Un nouveau chef — Si Oswald Sallaberger, fondateur de l’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, est resté pendant douze ans à la tête de la formation, Luciano Acoccella et Leo Hussain ont fait des passages éclair. Oui, il y aura un recrutement d’un nouveau chef d’orchestre mais Loïc Lachenal ne veut rien précipiter. « L’orchestre a une maturité et une maîtrise. Il a donc le droit d’attendre quelqu’un à son niveau. Il faudra trouver la bonne personne qui a envie d’échanger et de construire avec une formation qui aura 20 ans en 2018 ». Le nouveau directeur de l’Opéra de Rouen Normandie n’exclut pas « une direction à deux têtes. C’est excitant pour le public et le répertoire ».

La chapelle Corneille — Depuis son ouverture, la chapelle Corneille accueillait sept structures culturelles. A partir de la saison 2018-2019, elle sera rattachée à l’Opéra de Rouen Normandie. Une volonté de la Région Normandie pour clarifier l’identité du lieu. Dans ses réflexions, Loïc Lachenal a dû intégrer cette nouvelle donne. « La chapelle ne sera pas une deuxième salle de l’Opéra. Il est important de proposer un projet spécifique, assez indépendant de celui de l’Opéra. Il va falloir inventer une saison à la chapelle Corneille. C’est le lieu qui va commander le choix de programmation ». Une attention indispensable tant nombre de spectateurs n’ont pas caché leur mécontentement après quelques concerts.

Que vont alors devenir les sept structures jusqu’alors programmatrices ? « Tout est à clarifier », répond le directeur de l’Opéra de Rouen Normandie. Néanmoins, le Poème harmonique « restera dans une situation privilégiée parce qu’il est très implanté dans la région. Je suis attaché au travail de Vincent Dumestre. Et le répertoire du Poème harmonique est le mieux indiqué pour la chapelle ».

L’Opéra de Rouen Normandie a un directeur qui connaît très bien le monde lyrique. Son parcours démontre non seulement une facilité de négociation, une grande ouverture d’esprit mais aussi une soif de découverte. Il arrive avec des idées neuves et beaucoup d’envie. La première programmation de Loïc Lachenal sera bien évidemment très attendue.