Patrick Grainville, tout juste élu à l’Académie française, est à l’Armitière à Rouen le 13 mars et à la Galerne au Havre le 28 mars pour présenter son dernier livre, Falaise des fous (Seuil). Un roman-fleuve épique et dense, à l’ombre des Impressionnistes pour le lauréat du Prix Goncourt 1976.

photo Hermance Triay

« Lui aussi, décidément, en pinçait pour notre falaise » Tout revient toujours à Etretat. Surtout ces futurs grands peintres touchés à jamais par les lumières normandes. Patrick Grainville est Normand. Il est né à Villers-sur-Mer. Mais ce n’est sans doute pas suffisant pour s’embarquer dans une telle aventure qui couvre plus d’un demi-siècle jusqu’à la Guerre 14-18. Celui qui va prochainement s’asseoir dans le fauteuil d’Alain Decaux à l’Académie française et devenir conséquemment immortel a visiblement été saisi de passion pour cette époque où tout va singulièrement (plus) vite. Et Grainville suit d’ailleurs le rythme en emmenant le lecteur dans la sarabande. Il le fallait pour tenir le lecteur en haleine sur près de 650 pages.

Son narrateur – Charles – est parfois plus stoïque, s’arrêtant sur ses propres amours, croquant au passage les scènes quotidiennes d’une fin de siècle. Comme quand il assiste avec sa maîtresse au départ – pour un retour incertain – des Terre-neuvas à Fécamp : « Ce n’était pas une foule en liesse, carnavalesque, que Mathilde aurait pu connaître, c’était de l’humanité brute et nue. Des visages qui s’efforcent à se déplisser, qui en deviennent encore plus bouleversants de fixité. Les larmes déjà qui percent les miches des rides. Tous les enfants des marins, éberlués de naïveté, de fierté, d’effroi. Partout des têtes, de vraies têtes d’hommes comme Mathilde n’en avait jamais vu. Elle n’avait partagé que le chagrin de ses bonnes, quand elle avait eu le caprice de s’attacher à elles. »

Toute l’Histoire du moment est concentrée ici et l’on découvre la marche du monde mais aussi le – petit mais néanmoins éblouissant – milieu artistique français avec ces Flaubert, Maupassant, Courbet, Manet, Pissarro, Berthe Morisot… Hugo. L’auteur ne se montre d’ailleurs pas forcément respectueux de ces beaux messieurs qui ont bien du mal à gérer leurs contradictions. Mais c’est Monet qui s’en tire le mieux. Monet, le perfectionniste, Monet le silencieux… Et derrière l’hommage au génial peintre, il y a aussi la passion de l’écrivain pour l’art pictural.

Et comme le récit est chronologique, le roman se terminera sur la guerre. Un autre hommage, celui dû à ceux qui sont morts sur le champ de bataille. Il ne fallait pas moins à l’heure où les nations préparent la commémoration du centenaire de la fin du conflit.

Hervé Debryune

  • Mardi 13 mars à 18 heures à l’Armitière à Rouen et mercredi 28 mars à 18 heures à La Galerne au Havre. Entrée libre