Elles sont deux performeuses. Rébecca Chaillon et Elsa Monteil sont des Monstres d’amour du 18 au 20 avril au CDN de Normandie Rouen. À partir de faits divers et de figures mythiques, elles racontent le sentiment amoureux et la violence qui peut en découler, la douceur et la douleur.

photo Vinciane Verguethen

« Les grands personnages ne sont pas noirs et ne sont pas non plus des femmes. Ce théâtre-là n’est donc pas mon endroit ». C’est le constat que fait rapidement Rébecca Chaillon. Pour la comédienne d’origine martiniquaise, il n’y avait qu’une seule issue : aller vers la performance. « Cela me permet de parler de ce que je sais. C’est alors parler forcément de moi. Et cela passe par mon corps. Ce qui nécessite un engagement total. La performance reste un endroit de défi, de douleur qui n’est pas le même pour tout le monde ». Sa rencontre avec Rodrigo Garcia, la découverte des spectacles de Romeo Castellucci confirment ce choix d’écrire pour la scène performative. Même sensation au festival d’Avignon : « j’ai pris une grande claque avec Marina Abramović et Jan Fabre. J’ai décidé de sortir de ce rapport au texte et d’être sur du corps ».

Après le maquillage et la nourriture, Rébecca Chaillon se penche sur le cannibalisme amoureux. « Le point de départ est personnel. En pleine dispute, je vois un documentaire sur la dévoration dans les relations ». Elle revient ensuite sur deux faits divers. En 1981, Issei Sagawa, un étudiant japonais à la Sorbonne à Paris, éperdument amoureux, tue et mange sa copine néerlandaise qui l’a rejeté. Extradé au Japon, il est relaxé et jouera de cette image de cannibale. Vingt ans plus tard, Armin Meiwess, allemand, va assassiner son compagnon, Brandt avant de le congeler et de le cuisiner par morceau. Rébecca Chaillon pense également aux zombies, vampires, loup-garous et sorciers…

Dans Monstres d’amour (Je vais te donner une bonne raison de crier), interprété du 18 au 20 avril au CDN de Normandie Rouen, Rebecca Chaillon et Elsa Monteil s’approprient l’histoire de tous ces personnages réels et fictifs pour aborder les fantasmes, le besoin de l’un de posséder l’autre dans sa chair. « Quand je vais au théâtre et que l’on parle d’amour, je comprends avec des images, des émotions… En fait, cela atteint un endroit différent de mon cerveau » et marque les corps de douleur, d’effroi. Monstres d’amour est une série d’histoire de transformation d’êtres qui se nourrissent de l’amour des autres.

 

 

  • Mercredi 18, jeudi 19 et vendredi 20 avril à 20 heures au théâtre des Deux-Rives à Rouen. Tarifs : 14 €, 9 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du jeudi 19 avril