Les mots de Victor Hugo résonnent toujours. Aujourd’hui, l’œuvre du romancier et dramaturge garde une dimension universelle. Elle inspire encore et suscite échanges et recherches. Lors des 12es Rencontres littéraires autour de Victor Hugo qui se tiennent samedi 16 et dimanche 17 février à la Maison Vacquerie-Musée Victor-Hugo à Villequier, auteurs, chercheurs et compagnies de théâtre se retrouvent pour présenter le fruit de leur réflexion et de leur imagination. Parmi eux, il y a Gérard Pouchain, docteur ès Lettres, chercheur associé à l’Université de Rouen, biographe de Juliette Drouet. Il vient de signer Victor Hugo – choses nocturnes (Éditions Le Vistemboir), un ouvrage qui explore les émotions ressenties la nuit par le poète. Entretien.

Qu’est-ce qui a amené Victor Hugo à s’intéresser aux phénomènes célestes ?

Victor Hugo a toujours porté un intérêt pour le ciel, les comètes, les étoiles… Il se demandait si tout cela n’était pas porteur de messages. En 1834, il visite l’observatoire de Paris, regarde la lune avec une lunette astronomique et voit qu’il existe un autre monde. Il était aussi persuadé qu’il y avait d’autres mondes. 

Il entendait des bruits la nuit.

Oui, il parlait de « frappements ». Quand il les notait, il inscrivait aussi leur tempo avec des chiffres. En 1853, il est à Jersey et va pratiquer le spiritisme. Le jour du 10e anniversaire de la mort de Léopoldine, sa fille, la table se manifeste. Victor Hugo devient croyant et se rend compte qu’il est possible de rester en dialogue. Il va faire tourner les tables pendant trois ans.

Victor Hugo va également beaucoup faire la liste de ses rêves.

Il a écrit Le Livre des songes qui ne sera pas publié. Victor Hugo raconte tous ses rêves avec une grande sincérité. Il les rapporte sans jamais les analyser. Il peut rédiger quatre ou cinq phrases ou trois pages. Ce ne sont pas des rêves littéraires ou érotiques, plutôt tortueux, inquiétants. Une fois, il voit arriver à sa maison une voiture noire et découvre que c’est un corbillard. Une autre fois, il se retrouve dans un lit dans un palais parisien avec un prince qui saigne du nez.

Est-ce que cela révèle une peur du noir ?

Victor Hugo a toujours craint la cécité. Juliette raconte qu’il se baignait souvent les yeux pour les soulager. Cette fatigue oculaire provenait sûrement des grandes heures qu’il passait à écrire, lire… Peut-être a-t-il aussi abusé de regarder les couchers de soleil ? Ce qui me frappe en tant qu’historien, c’est sa volonté de précision. Il allait toujours au-delà du simple constat. Il notait les dates, les heures, le degré de la courbe d’un astre. Il se souvenait qu’il avait pas vu telle comète depuis tel jour. C’est la même chose pour les bruits nocturnes. Il voulait être très précis, montrer la qualité sonore des bruits. Pour cela, il utilisait un grand nombre de comparaisons et de métaphores. Il pouvait écrire : c’est le bruit d’une cuillère qui tombe sur une soucoupe.

Y avait-il deux Hugo, l’homme politique défendant des causes et un autre personnage plus éthéré ?

Oui, il y avait le Victor Hugo qui a pris fait et cause pour l’Europe, contre la peine de mort, la misère sociale… Il y avait aussi cet homme qui se posait des questions existentielles. Cela faisait de lui une personnalité très riche. Victor Hugo travaillait pendant la journée et aussi la nuit. Son activité était très soutenue. Il ne prenait pas de repos.

Infos pratiques

  • Samedi 16 février et dimanche 17 février de 14h30 à 19 heures à la Maison Vacquerie-Musée Victor-Hugo à Villequier.
  • Entrée gratuite

Programme des Rencontres littéraires autour de Victor Hugo

Samedi 16 février

  • 16 heures : conférence de Jean-Marc Gomis sur « Victor Hugo dans l’objectif »
  • 16h30-18 heures : initiation au lavis
  • 18 heures : spectacle Victor Hugo, l’interview par la compagnie Merci La Prof

Dimanche 17 février

  • À partir de 15h30 : rencontre et séances de dédicaces avec Éric Bertin, Jean-Michel Coblence, Philippe Déterville, Fred Duval, Cyprien Gesbert, Jean-Marc Gomis, Gérard Pouchain, Caroline Stengelin-Clipet, Christophe Thébault, Guy Trigalot
  • 18 heures : spectacle Il y a des hommes-océan par le Théâtre de l’Impossible