Celle que vous croyez… C’est le titre du nouveau roman de Camille Laurens. L’écrivaine présente son ouvrage, sorti chez Gallimard, mardi 5 avril à l’Armitière à Rouen et vendredi 22 avril à La Galerne au Havre.

 

photo Catherine Hélie

photo Catherine Hélie

« Je ne suis pas celle que vous croyez ». Il y a longtemps que l’on n’a pas entendu cela… Longtemps que les jeunes filles effarouchées et les femmes respectables ne le disent plus… Mais l’expression va bien au roman de Camille Laurens : elle souligne à la fois l’âge de la narratrice et le jeu de dupes qui attend le lecteur…

 

Celle que vous croyez, c’est, dans un premier temps, l’histoire de Claire, 48 ans, qui créé un faux profil facebook pour espionner son amant – Jo – en passant par l’ami – Chris – et accessoirement colocataire de celui-ci. « J’ai indiqué que j’avais 24 ans (12 de moins que lui au lieu de 12 de plus), que j’habitais en région parisienne mais que je voyageais beaucoup – j’ai mis toutes les chances de mon côté. Avant de lui faire à lui une demande d’amitié, histoire de l’appâter sans éveiller ses soupçons, j’ai engrangé sans les connaître quelques dizaines d’amis en rapport avec l‘image ou la mode, des gens comme lui, cool, swag, branchés ou losers, contents d’eux et amis du genre humain, in love with life. Il m’a tout de suite acceptée. »

 

Le ver est dans le fruit, un mensonge en appelle un autre, évidemment. Flirter par SMS interposés. Taquiner le goujon, piéger le péquenaud… Mais pour quoi faire ? Camille Laurens raconte le glissement imperceptible du jeu vers le « on ne joue plus ». Pourtant, Claire n’est pas naïve. Elle est revenue de pas mal de choses et ne se fait guère d’illusion sur les hommes et sur son pouvoir de séduction à l’heure de prendre le virage du demi-siècle d’existence. « Je me souviens, quand je voyais un homme apprécier ma silhouette dans un tailleur moulant et lorgner mes fesses avant de revenir me parler, j’étais à la fois contente et infiniment triste. J’aurais voulu être aimée pour moi-même, vous comprenez ? Sans la gym, sans les fringues, sans le rouge à lèvre. Qu’il me rencontre, moi, et pas l’objet artificiellement créé de son attente. »

 

Il serait indélicat de raconter davantage sur la suite des événements, tant Camille Laurens parvient avec sa subtilité habituelle à entraîner le lecteur dans une sorte de thriller psychologique à tiroirs. Qui est dupe de qui ? C’est la question qui se pose régulièrement et qui amuse bien l’auteure qui, pour pimenter la chose, s’invite dans la partie (« sauf Camille, celle qui anime l’atelier d’écriture ») ; sans que l’on puisse être sûr qu’il s’agit vraiment d’elle.

 

L’intrigue devient noueuse ; et pourtant, tout cela n’est pas si improbable. Nous sommes bien au-delà d’une critique plus ou moins à charge des réseaux sociaux et de ces écrans qui masquent plus qu’ils ne montrent. Avec Celle que vous croyez, on revient aux Liaisons dangereuses, un monde cruel dans lequel chacun joue sa partition de l’amour. Ou ce qui pourrait y ressembler. « Ici, j’ai parlé à un psy, bien sûr. Il s’appelle Marc mais je peux changer le prénom. Il est très beau. Il s’obstine à vouloir m’expliquer que le désir et l’amour, ce n’est pas pareil. Le désir veut conquérir et l’amour veut retenir, dit-il. Le désir, dit-il, c’est avoir quelque chose à gagner, et l’amour quelque chose à perdre. »

 

Si bien que Camille Laurens offre un roman à suspense qui pique son lecteur avec un tisonnier (rougi) dans un style parfaitement maîtrisé, oscillant entre références et trivialité. Comme pour dire : les apparences sont trompeuses – on le savait – mais rien n’est simple et surtout, rien n’est tout à fait comme on le pensait…

 

H.D.

 

  • Mardi 5 avril à 18 heures à l’Armitière à Rouen. Entrée libre
  • Vendredi 22 avril à 18 heures à la Galerne au Havre. Entrée libre.