Danser avec les ombres : tel est le titre du nouveau roman de Laurent Gaudé. L’écrivain, prix Goncourt 2004, raconte le séisme qui a détruit Haïti en 2010. Il dédicace son ouvrage jeudi 5 février à L’Armitière à Rouen.

 

photo Jacques Gavard

photo Jacques Gavard

Dans la famille des pays pauvres, il y a la cadette Haïti. Elle est 22e. En partant de la fin. Plus de la moitié de sa population vit dans la « pauvreté extrême » ; ce qui veut dire avec moins de 1 dollar par jour… Pas trop le look de la carte postale des Caraïbes. C’est sans doute ce qui a ému Laurent Gaudé qui propose Danser les ombres, une évocation forcément tragique de l’île.

 

Un sujet « facile », à tirer des larmes… Sauf que Laurent Gaudé a choisi de laisser leur dignité à ses personnages. « Le sourire d’Haïti. Celui qui n’a rien à offrir qu’un peu d’eau et l’hospitalité d’une chaise ». Alors que démarre le livre, les uns et les autres sont à la recherche d’un nouveau départ sur cette île maudite où les exactions politiques ont aggravé le sort des hommes. La chaleur écrase même la haine. Il faut à tout prix reprendre pied dans cette vie âpre. Mais la joie est toujours là, dans ces moments d’abandon à la tombée de la nuit.

 

 

Et puis, un jour, « Durant trente-cinq secondes qui sont trente-cinq années… A danser, la terre… A trembler » Nous sommes en 2010 : c’est le séisme. Comme s’il ne manquait plus que ça. « A l’endroit même où, quelques instants plus tôt, il était assis, les pieds sur la rambarde, saluant de la main la famille… Il cherche des yeux la famille… Il ne reconnaît plus rien… Quelque chose a changé dans la rue Doyon… Il n’arrive pas encore à dire quoi. Quelque chose… Le nuage blanc… Il se couvre les yeux, la bouche, et soudain, il voit, face à lui, de l’autre côté de la rue, un trou, béant, comme une dent arrachée dans la mâchoire et la poussière blanche qui monte de ce trou, il le voit, un amas indistinct est là, à la place de la maison à deux étages… Il cherche des yeux la famille, plus personne… Le temps à peine de se faire un café. » L’apocalypse. La terre a mâché puis recraché ses locataires et plus personne ne retrouve ni les morts, ni les vivants. Et ce désordre qui pue la mort va se terminer à la sauce vaudou dans un bal macabre savamment orchestré par l’auteur. Laurent Gaudé aura réussi à donner de la grandeur à une île perdue.

 

 

 

 

  • Jeudi 5 février à 18 heures à L’Armitière à Rouen. Entrée libre. Renseignements au 02 35 70 57 42 ou sur www.armitiere.com