Auréolé du Goncourt 2013 avec Au revoir là-haut, Pierre Lemaître revient avec un flamboyant – normal ! – Couleurs de l’incendie (Albin Michel). L’auteur est à la Galerne au Havre vendredi 2 février et à l’Armitière à Rouen et à La Buissonnière à Yvetot samedi 3 février.

photo Roberto Frankenberg

Le roman commence là où d’autres finissent. De manière tragique et spectaculaire. En ce sens, il fait d’ailleurs écho à la fin du précédent livre, 1er tome de la trilogie. Or, donc, dès les premières pages, le petit Paul se jette dans le vide en pleine cérémonie d’enterrement de son grand-père. Le lecteur connaît d’ailleurs très bien le grand-père en question : il s’agit de Marcel Péricourt, riche homme d’affaires et père d’Edouard, inoubliable « gueule cassée » d’Au revoir là-haut. Cette fois, c’est la fille de Marcel, Madeleine, qui devient le pivot de l’acte II. Madeleine, autrefois épouse de l’inénarrable arriviste Pradelle, escroc sans scrupule…

Le temps est passé depuis les événements d’Au revoir là-haut, roman de Pierre Lemaître. Nous sommes en 1927. La guerre est déjà loin. La Grande Dépression approche. L’heure est à la spéculation et, accessoirement, à la montée du Nazisme. L’incendie du titre n’est pas loin. « Avec la boxe et le cyclisme, le boursicotage était le sport à la mode depuis la fin de la Grande Guerre. Tout le monde s’y mettait, les hommes, les femmes, les riches s’enrichissaient, ça aidait les pauvres à patienter, la valeur de l’habileté commençait à remplacer celle du travail. » En revanche, il y a des choses qui ne changent pas : il n’y a pas d’heure pour la trahison et le cynisme.

Une tendresse pour les femmes

Et ça, les traîtres et les cyniques, Pierre Lemaître, il aime… C’est un véritable régal pour le lecteur de découvrir cet aréopage d’affreux que l’on adore détester. Un festin. Ils triomphent, parfois ; ils sont corruptibles, souvent ; pitoyables, tout le temps. L’auteur les fait cuire à la poêle avec de bonnes rasades d’humour léger et piquant. Et ce n’est que justice… Mais ce sont les femmes qui tirent leur épingle du jeu. Pierre Lemaître a pour elles une tendresse particulière même si l’auteur ne se laisse jamais aller à la complaisance.

Avec Couleurs de l’incendie, on découvre une fois de plus le talent d’un romancier longtemps connu pour ses polars très noirs. L’homme s’avère également doué pour bâtir une véritable saga populaire ; « au bon sens du terme » comme on dit… Un récit pour le plus grand nombre avec du style, du suspense, de l’humour, de l’Histoire… Et même de la résilience pour le lecteur qui se trouve quelque peu vengé des affres des imposteurs et des faux-culs ; d’autant que l’on pourrait imaginer que toute ressemblance avec des personnes existantes n’est peut-être pas purement fortuite.

Hervé Debruyne

  • Vendredi 2 février à 18 heures à La Galerne au Havre. Entrée libre
  • Samedi 3 février à 11 heures à La Buissonnière à Yvetot. Entre libre
  • Samedi 3 février à 15h30 à l’Armitière à Rouen. Entrée libre