Une journée pour échanger et débattre… Les Rencontres de la culture, organisées mardi 15 mars par la Métropole de Rouen Normandie et la Ville de Rouen au 106 à Rouen, ont consacré une partie des discussions au public lors de la table ronde Un Territoire de culture : richesse et diversité culturelle, décloisonnement, participation… quelle culture et quelle place pour les publics ?.

 

C’est une question qui revient sans cesse. Le monde de la culture s’est toujours interrogé sur la manière d’accueillir le public, de conquérir, de sensibiliser un nouveau public. Le public, les publics, le non-public… Catherine Dupraz, directrice de la culture du territoire d’Evry Centre Essonne, préfère parler des « habitants » alors que le philosophe Christian Ruby, éditorialiste du Spectateur européen refuse cette notion. « Je travaille sur le terrain des spectateurs, des spectatrices, des auditeurs, des auditrices, des regardeurs. Le public est une espèce de chose sans intérêt, seulement comptable ». Quant aux créations destinées à un public, elles ne « produisent que des catastrophes ».

 

Christian Ruby va plus loin. « Il n’existe pas de spectateur. On ne naît jamais spectateur. On le devient. Et on le redevient quand on se confronte à une œuvre d’art. Il y a donc un devenir constant du spectateur ».

 

Françoise Monnin, rédactrice en chef d’Artension, n’a pas caché sa réticence à l’emploi de terme comme décloisonnement, transversalité… « Je suis consciente qu’il ne faut pas être imperméable. Or, ces mots nous éloignent. Certes, c’est top tendance, la mondialisation fait tout pour décloisonner parce que l’on a horreur des frontières mais il faut préserver une idée de la frontière pour préserver les cultures. Le maillage, oui. Le mélange, non. Il faut être attentif aux passerelles ».

 

Faut-il alors favoriser la participation des publics ? Pas sûr selon Christian Ruby. Le philosophe considère la participation comme « un dieu moderne », un « mythe moderne ». « Elle n’est pas nouvelle. Elle a une histoire qui tient au développement des pratiques artistiques. Mais elle ne résout pas les problèmes. La participation suppose quelque chose qui est déjà prévu. Il y a ainsi des êtres qui appartiennent à la culture et d’autres qui appartiennent à la nature. Il faut aujourd’hui faire passer les uns chez les autres ».

 

« Nous sommes encore dans une politique de l’offre », constate Catherine Dupraz. La directrice de la culture du territoire d’Evry Centre Essonne défend l’idée d’une construction partagée. « Il faut faire avec plutôt que de faire pour ».