C’est une balade en douze étapes qui éveille les sens. Le quatrième album de Rone, Mirapolis, sorti le 2 novembre 2017, emmène dans une ville colorée et scintillante, dans des ambiances fantastiques, parfois romantiques, et dans des méandres intérieurs. Rone, ou Erwan Castex, est une figure singulière dans le paysage de la musique électronique. Sa musique est à son image, généreuse, mélancolique, introspective. Rone est en concert vendredi 1er décembre au 106 à Rouen. Entretien.

Est-ce que la ville est l’endroit le plus inspirant ?

Je m’en rends compte maintenant, seulement au bout du quatrième album, la ville est une grande source d’inspiration. Je suis né et j’ai grandi à Paris. En fait, je ressens à la fois une attraction et une répulsion pour la ville. J’ai toujours envie de la quitter mais quelque chose m’y ramène sans cesse.

Quel est ce pouvoir d’attraction ?

Je pense que tout cela est lié au rythme. Quand je suis dans une ville, quelque chose me maintient éveillé. Je suis stimulé intellectuellement. J’ai l’impression qu’il y a toujours à faire. Mais ce peut être aussi parfois épuisant. A ce moment-là, j’ai besoin de m’éloigner. Néanmoins, la ville reste très nourrissante. Et je ne pense pas seulement à l’offre culturelle. Le rythme frénétique est très stimulant.

Est-ce que les couleurs et les lumières de la ville vous inspirent aussi ?

Oui, bien sûr. Paris est une ville que j’aime et que je déteste. A chaque fois que j’y retourne, je suis content et je trouve cette ville toujours aussi belle. Même les monuments les plus connus, comme la tour Eiffel. Dès qu’elle est illuminée, elle est d’une beauté fascinante.

Mirapolis est-elle une ville fantasmée ?

Complètement. Cette ville imaginaire est sortie du cerveau de Michel Gondry et de moi-même. C’est un mélange. Michel a commencé par élaborer une première maquette de la pochette de l’album à partir des musiques que j’avais composées. Cela lui a évoqué l’architecture. Son interprétation m’a aussi beaucoup parlé et a fait que l’album comporte cette ambiance psychédélique. Est alors vite venue l’idée d’une ville très colorée au fort pouvoir d’attraction avec un côté fête foraine. On n’a pas envie forcément d’y habiter mais elle est comme une ville utopique. Celle qu’était imaginée dans les années 1970 dans un esprit rétro futuriste. A partir de là, tout a pris forme. J’étais à la moitié de l’album et tout est allé très vite parce que j’avais un cadre et un décor.

Dans cette ville fantasmée, vous avez ressenti de la mélancolie.

C’est un sentiment qui ne se contrôle pas du tout. Quand j’ai commencé à travailler, je voulais composer un album très joyeux, festif, très dancefloor. Mais ma nature mélancolique est revenue au galop. Finalement, je trouve cela très bien. C’est ce qui fait mon identité. Et j’aime bien l’idée que les albums soient contrastés, permettent de passer d’une émotion à une autre.

 

La ville, c’est une palette de sentiments ?

Dans la ville, comme dans la vie. Sauf si on est complètement dépressif. C’est assez étrange : un jour, on se réveille et on se dit que la vie est belle. Le lendemain, on peut tout voir sous un autre angle. C’est pour cette raison qu’il est intéressant de composer un disque à l’image de la vie. D’autant que celui-ci a été écrit sur une période très courte, entre deux et trois mois, et selon différentes humeurs.

Est-ce que vous avez imaginé cet album comme une déambulation dans une ville ?

C’est exactement cela. Cet album raconte une petite histoire, un voyage initiatique avec des moments d’euphorie et des instants plus mélancoliques. J’imagine très bien un paysage en train de défiler. Comme un road-movie.

Vous marquez fortement le rythme de cette promenade avec la batterie.

Ce n’est pas du tout prémédité. Au départ, je voulais un disque purement électronique et le composer tout seul. J’ai eu l’occasion de jouer avec le batteur, John Stanier, à la Philharmonie de Paris. Cela a été évident pour moi de continuer à travailler avec lui sur le disque. Après, je me suis laissé aller. Il y a la voix grave de Baxter Dury, celle haut perchée de Saul Williams. Tout cela s’est fait par accident. Moi qui voulais faire un album seul, j’ai changé d’avis en chemin. Ce qui m’a permis d’essayer de nouvelles choses, de me surprendre, d’aller plus loin dans l’expérimentation.

Vous êtes passé d’un extrême à l’autre.

Tout à fait mais, en même temps, ma méthode de travail consiste à trouver un équilibre entre expérimentation et une musique accessible. J’adore la pop pour cela. On la critique souvent mais cette musique peut être évidente et sublime. Les Beatles sont ma référence absolue. Quand on écoute leur disques, ils sont à la pointe de l’expérimentation. C’est ce que je trouve remarquable : être entre musique savante et musique populaire. C’est mon objectif.

 

  • Vendredi 1er décembre à 20 heures au 106 à Rouen. Tarifs : de 30 à 14 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com
  • Première partie : Brook Line