Sandrine Piau est une des plus belles artistes lyriques. C’est avec le répertoire baroque que la soprano, également harpiste, s’est révélée. On découvre alors une voix limpide à laquelle elle apporte diverses nuances. Sandrine Piau retrouve samedi 8 décembre à la chapelle Corneille à Rouen Les Talens lyriques, dirigés par Christophe Rousset, pour une pièce qu’elle connaît bien, le Stabat Mater de Pergolese, joyau de la musique vocale. Entretien.

Est-ce le chant qui vous a amené à la musique baroque ou l’inverse ?

C’est le chant qui m’a amené à la musique baroque. Au conservatoire, j’ai étudié la harpe, notamment la harpe moderne. J’étais plutôt attirée par le répertoire contemporain. Avec le chant, j’ai fait clairement un virage à 180°. Je ne connaissais rien au baroque. Les événements ont fait que je me suis retrouvée auditionner par Philippe Herreweghe (chef d’orchestre et de chœur, ndlr). J’ai chanté des pièces de Brückner, de Mendelssohn… Après une autre audition, je suis allée dans la classe de William Christie. Je suis allée étudier un style dont je n’avais aucune idée des codes.

Qu’avez-vous découvert avec ce répertoire baroque ?

J’ai découvert la liberté. Quand on aborde des répertoires, on peut se confronter à des personnes qui cherchent à retrouver des sonorités d’autrefois, à être dans la reconstitution et dans l’authenticité. Or, nous sommes toujours dans l’extrapolation. Nous n’avons pas suffisamment de référence pour faire revivre à l’identique ces musiques de plusieurs siècles. Comment faire ? Il ne faut surtout pas se poser la question de la vérité parce qu’il y a une multitude de vérités. C’est ce qui est beau et aussi vertigineux. Le répertoire baroque offre un grand espace de liberté.

Comment travaillez-vous alors votre voix pour ce répertoire ?

Comme un instrument. Il existe beaucoup de musiques dans lesquelles la voix est un instrument parmi les autres. Cela crée un autre rapport de force, bien plus riche. Comme je suis harpiste, c’est un rapport que je connais bien. La harpe accompagne, est un instrument qui chante. Avec le chant, j’ai juste fait un pas de côté.

Comment qualifiez-vous le chemin parcouru avec Les Talens lyriques ?

C’est un parcours au long cours. Je suis entrée dans la classe de William Christie en 1987. Un jour, Christophe Rousset est venu donner un cours. Avec lui, il s’est créé une relation privilégiée. Il a retrouvé dans ma voix des choses qu’il aimait. Ce qui est beau avec lui, c’est que je suis passée par un peu tous les répertoires. J’ai chanté de la musique française et Christophe m’a ouvert les portes de Haendel et de ses partitions à la musicalité sublime. C’est un vrai plaisir vocal. Haendel m’a aussi permis d’avoir accès à Mozart. Tout cela a eu de grandes conséquences.

À la chapelle Corneille à Rouen, vous interprétez notamment le Stabat Mater de Pergolese, une pièce que vous connaissez bien.

C’est la pièce que j’ai chanté le plus tôt dans ma vie. Je l’ai interprétée avec la Maîtrise de Radio France en version chœur, en 6e et en 5e avec la Maîtrise d’enfant. Le Stabat Mater de Pergolese a jalonné ma vie. C’est aussi la pièce que j’ai le plus chanté avec Christophe. J’irai vers une autre localité avec le Salve Regina de Porpora, plus lumineux, et le Beatus de Leo, inédite. Il y a certes un confort des retrouvailles mais surtout un plaisir de se retrouver après avoir vécu des expériences différentes, plus ou moins réussies. Avec les Talens lyriques, il y a une relation qui s’inscrit dans le temps et dans la diversité. Avec eux, je peux faire le grand écart, passer d’un répertoire très baroque à des pièces plus romantiques.

Infos pratiques

  • Samedi 8 décembre à 18 heures à la chapelle Corneille à Rouen. 
  • Tarifs : de 32 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture
  • Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr