Pour cette 6e édition qui se tient du 10 au 12 novembre à Sainte-Hélène-Bondeville et à Fécamp, le festival Eurydice a choisi 16 courts métrages. 16 films à découvrir dans une sélection éclectique découpée en trois parties. A côté du jury officiel, présidé par le comédien Olivier Saladin, le public est invité à voter pour son court métrage préféré. Sarah Heitz de Chabaneix, diplômée de l’école nationale de théâtre du Canada, présente Les Trompes de la mère, un film de 12 minutes sur une jeune femme un brin rebelle qui accompagne sa mère à un examen médical de routine. La suite est étonnante. Entretien avec la réalisatrice.

Comment le cinéma est entré dans votre vie ?

Le cinéma a toujours fait partie intégrante de ma vie grâce à mes parents qui sont plutôt cinéphiles, mais certainement aussi parce que je suis de cette génération qui a grandi avec les prémices de ce flux d’images constant qui règne aujourd’hui et qui a, par ailleurs, beaucoup nourri ma vision du monde. J’ai toujours considéré le cinéma comme l’expression artistique la plus puissante pour raconter une histoire, parce qu’il vous happe, vous immerge dans l’univers de quelqu’un. D’une part, l’écran a un effet totalement hypnotique, et d’autre part, lorsque les histoires sont bien racontées, que les personnages vous touchent, vous transportent, vous choquent, vous bousculent, il n’y a plus d’échappatoire. J’adore cette sensation.

Pourquoi avez-vous choisi pour l’instant le format du court-métrage ?

Je considère que le court-métrage n’est pas qu’un tremplin pour passer au long-métrage, mais plutôt un laboratoire d’expérimentation, d’exploration dans lequel on peut tester des choses, choisir des sujets moins consensuels, se tromper, aller trop ou pas assez loin, revisiter la structure dramatique « classique » du scénario, approfondir nos envies esthétiques. Puisque les enjeux financiers ne sont pas les mêmes que pour le long-métrage, le format court permet une vraie liberté, et ce, à tous points de vue. Très sincèrement, j’ai bien hâte de réaliser mon premier long-métrage, mais j’espère pouvoir revenir, au cours de ma carrière, au format du court-métrage de temps en temps, parce que raconter une histoire en quinze ou vingt minutes, c’est un exercice en soi, surtout au niveau de l’écriture scénaristique. Je trouve que la contrainte de la durée apporte une forme d’efficacité et de force au récit. Parfois, quand je vois certains longs-métrages, je me dis qu’ils auraient fait un bien meilleur court-métrage !

Vous êtes scénariste, réalisatrice, costumière, monteuse, décoratrice… Pourquoi voulez-vous tout faire ?

La première raison est certainement liée à l’économie de mes courts-métrages. Ils ont tous été auto-produits, avec mes maigres économies, et il m’est difficile de mobiliser plein de gens en sachant que je ne pourrai pas les payer. D’autre part, avant de me lancer dans le cinéma, j’ai fait des études de scénographie et de conception de costumes à l’École nationale de théâtre du Canada, alors, disons que je sais exactement ce que je veux en terme de direction artistique. Pour un court-métrage avec peu d’acteurs, c’est presque plus simple de tout faire moi-même, puisque j’ai déjà tout en tête et que le travail à fournir reste raisonnable. Mais, ce sera une autre paire de manches lorsque je passerai au long-métrage, j’en suis bien consciente. Il me faudra trouver des collaborateurs qui subliment mes envies ! Quant au montage, comme je le considère comme la troisième écriture d’un film (après le scénario et la réalisation, qui redéfinissent chacun à leur tour le film), il m’est difficile pour l’instant de passer la main à une tierce personne, car j’ai besoin d’essayer plein de choses avant de faire des choix, de voir par moi-même qu’elles sont les possibilités d’agencement, ce qui marche, ce qui ne marche pas. Mais j’ai un « cercle » de spectateurs restreints, qui viennent tour à tour me donner leur opinion, au fur et à mesure que le montage avance. Je me fie principalement à leurs pertinents retours pour trancher.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Tout ! L’art, la vie des autres, ma vie. Un article, tiré des faits divers et écrit avec les pieds, peut autant m’inspirer qu’une photographie où un personnage, seul au milieu du décor, regarde quelque chose que l’on ne voit pas. Autant d’histoires à compléter, à fantasmer, à transformer pour en faire autre chose. Mais il est vrai que les histoires de mes proches ou mon vécu personnel restent une source perpétuelle d’inspiration ! Même quand on essaie de s’éloigner de ce que l’on connaît, on est vite rattrapé par ce que l’on est.

Quel est le point de départ de ce nouveau court-métrage « Les Trompes de ma mère » ?

En parlant de s’inspirer de sa propre vie…! L’histoire de ce film est inspirée de faits vécus ! J’ai en effet dû accompagner ma mère pour servir de traductrice lors de son rendez-vous gynécologique au États-Unis, où elle vivait à l’époque. Ce soudain partage d’intimité, qui plus est, avec une tierce personne inconnue, nous a beaucoup fait rire. J’ai trouvé la situation tellement absurde et incongrue, que je me suis dit que le sujet était propice à la comédie. D’autre part, le cinéma n’a pas beaucoup traité de ce sujet, alors que ça fait partie intégrante de la vie de toutes les femmes. Bref, j’ai trouvé que c’était une belle occasion d’aborder à travers un court-métrage des thèmes qui me sont chers : les relations mère-fille, les différences culturelles et les « bruits à la communication » qui en découlent, et ce, par le biais de l’humour. J’avais envie, en outre, de démystifier ce pan de la vie des femmes pour la gente masculine, en leur offrant un petit trou de serrure pour qu’ils puissent enfin voir ce qui se passe de l’autre côté de la porte. C’est presqu’un film éducatif !

Pourquoi un ton plutôt ironique ?

L’ironie reste la meilleure arme des gens qui ont un comportement passif-agressif et, pour moi, c’est l’un des meilleurs déclencheurs du rire. Les personnages qui ont un sens aigu de la répartie et ceux qui ne saisissent pas du tout le second degré me fascinent tout autant, et c’est souvent la joute qui se déroule entre ces deux opposés qui est si réjouissante à observer.

Préparez-vous un autre court-métrage ou un long-métrage ?

Oui, je suis en train de terminer l’écriture d’un autre court-métrage, qui devrait être produit cette fois si tout se passe bien et je travaille dans le même temps sur l’écriture d’un long-métrage pour Patafilm Production (Antonin Ehrenberg), que je ne réaliserai pas moi-même. Il y a aussi plein d’autres projets dans les tuyaux, comme d’habitude, mais ça, on en reparlera une autre fois.

Le festival Eurydice

  • Vendredi 10 novembre à 20h45 au centre culturel à Sainte-Hélène-Bondeville.
  • Samedi 11 novembre à partir de 17h30 et dimanche 12 novembre à partir de 10h30 au cinéma Grand Large à Fécamp.
  • Tarif : 4 € la séance, gratuit le dimanche
  • Programme complet sur www.festivaleurydice.fr