C’est un groupe décapant sur scène. Tankus The Henge sera sur Les Terrasses du jeudi ce 25 juillet. Le groupe britannique propose un univers sauvage fait de rock, de jazz, de funk et peuplé d’étranges créatures. Chez ce sextet qui a sorti en novembre 2018 un deuxième album séduisant, I Crave Affection Baby, but not when I drive, il y a autant de groove que d’humour. Interview avec Jaz Delorean, chanteur et pianiste charismatique.

Votre musique semble spontanée. Est-ce que votre écriture est instinctive ?

La composition commence souvent par une version sur piano. Je suis assis devant mon piano dans un espace paisible et je joue une mélodie, imagine des accords, chante des mots. C’est la chanson dans sa forme la plus simple. Parfois, une chanson peut prendre plusieurs mois. Une autre fois, elle demande seulement une heure de travail. Après cela, je l’apporte au groupe et nous essayons ensemble de la jouer de différentes manières jusqu’à ce que nous découvrons la bonne. En ce moment, nous sommes en train de composer de nouveaux titres en groupe. Je pense que le troisième album, à venir, nous conduit vers une voie musicale que nous n’avons pas encore explorée.

Il y a de nombreuses influences dans vos chansons. Comment ces différents courants musicaux vous ont nourri et ont nourri votre travail de musicien ?

Nous sommes chacun influencés par diverses musiques. Nous avons tous grandi en écoutant des genres tellement différents. Je vais juste raconter mon parcours musical. La première musique qui m’a vraiment captivé, c’est le jazz de la Nouvelle Orléans avec Kid Ory, Fats Domino, Louis Armstrong. Ces artistes m’ont naturellement conduit vers des musiciens plus modernes tels que James Booker, Dr John. J’ai fait un voyage en Nouvelle Orléans alors que nous composions le premier album de Tankus The Henge et j’ai constaté comment musique, amour, nourriture et atmosphère pouvaient coexister au sein d’une ville, construite sur ces fondements. Par ailleurs, j’ai grandi dans les années 1990 au Royaume-Uni avec Blur, Muse, King Crimson qui m’ont fasciné. J’ai eu la chance de voir The Flaming Lips à Londres. C’était comme voyager sur une autre planète. Après cela, j’ai su que je voulais faire partie d’un groupe qui emmènerait le public vers un autre endroit, vers une nouvelle vie. C’est une constante dans le groupe.

Comment avez-vous pu digérer toutes ces musiques ?

J’ai eu la chance d’avoir accès à la collection de disques de mon père. C’est là que j’ai découvert Pink Floyd, King Crimson,, Yes et The Nice. C’était l’époque du MiniDisc que j’ai adoré. Je copiais un tas de vinyles sur le MiniDisc et je patinais avec lui. J’avais pris l’habitude d’aller en cours en rollers. J’avais aussi l’habitude d’enregistrer des émissions de jazz qui passaient à la radio et de les jouer jusqu’à épuisement. Regarder de la musique en live faisait également partie de ma vie. Je regardais et j’allais au concert chaque semaine.

Comment travaillez-vous nous ensemble ?

Nous passons la plupart de notre temps en tournée à travers l’Europe. Quelquefois, nous avons des moments précieux pour être ensemble et composer de nouvelles chansons. En fait, en ce moment, nous sommes dans les Deux-Sèvres pour écrire. Nous y venons à plusieurs reprises pendant l’année. Le reste du temps, nous sommes sur la route. C’est une manière de vivre. Nous ne considérons pas cela comme du travail.

Quelle est la part d’improvisation dans vos chansons ?

Par notre intérêt pour le jazz, nous gardons toujours une place pour l’improvisation. Le rock, après tout, vient du blues, du jazz, de la country, et de tout ce mélange. Pendant le live, il y a des moments ouverts à toutes les idées spontanées et audacieuses. Après tout, chaque chanson commence par une improvisation.

Pourquoi allez-vous chercher une inspiration dans la littérature pour écrire les textes ?

J’ai toujours lu des livres. Je n’ai pas de télévision et je n’ai jamais utilisé les consoles de jeux. Même maintenant, je rattrape certains films célèbres que je n’ai jamais vus. Les livres ont toujours été un réconfort pour moi, et je crois simplement que si vous dévorez des mots, vous les transmettez. J’aime beaucoup écrire de la prose autant que des paroles de chansons. Je pense que j’ai toujours apprécié qu’une chanson serve de support à une histoire. J’avais pris l’habitude d’écrire des chansons inspirées de ma propre expérience personnelle, mais il est indispensable d’ouvrir les portes de votre esprit à d’autres personnages et paramètres potentiels. Regarder à travers les yeux d’un d’autre est un instrument puissant pour raconter une histoire. Je suis toujours en train d’apprendre à le faire.

Qu’allez-vous puiser dans la littérature ? Des personnages, des situations…

En effet, des personnages. En particulier, des personnages, plein de vie et inoubliables, issus de la littérature américaine tels que Japhy Ryder et Neal Cassady. Ces gars-là mènent des vies tellement différentes de leur entourage. Nous avons la chance qu’il en existe beaucoup. La vie est un voyage et plusieurs d’entre nous tentent de voyager. Ce sentiment a été réprimé par la société. Comme nous passons la plupart du temps sur les route, cela nous semble naturel.

Aviez-vous une idée précise quand vous avez commencé à composer I Crave Affection Baby… ?

Non, pas vraiment. Ces chansons portent le souvenir des quatre dernières années du groupe. Elles ont surgi alors que nous travaillions avec le producteur Michael Charles à Londres, dans un studio installé sur un bateau sur la Tamise. Nous étions certains que nous serions très bien organisés pour cet album, mais nous l’avons finalement écrit au verso d’une serviette dans un bar de Berlin. C’est comme ça que ça se passe. Nous avons également travaillé avec les artistes Scarlett Rickard et Adelle Gough pour créer les œuvres d’art à l’intérieur et à l’extérieur de la pochette. Deux des airs remontent aux sessions du premier album (Shoeshine et Last Night In New Orleans), mais ils n’étaient jamais destinés à figurer sur celui-ci.

Un concert doit-il toujours être une performance ?

Le rock est un spectacle. Lors d’un concert, vous devez sortir de vous et être emmené dans un autre univers avec des personnages sauvages portant des idées et des philosophies folles. Aujourd’hui, il est fade et terne la plupart du temps. Il est dirigé par les labels et la radio qui ne pensent qu’à l’argent. Les artistes sont « autotunés » et essentiellement des marionnettes pour les patrons de la marque. Nous essayons de revenir à la philosophie des mecs fous des années 1960, qui ont expérimenté différentes choses pour adopter un autre mode de vie, mettre ces idées en place. Nous reproduisons sur scène ce que nous voulons voir d’un groupe. C’est pourquoi nous sentons que tout est possible, parce que ça l’est. Tu peux faire n’importe quoi ! Rejoignez-nous !

Le programme des Terrasses du jeudi à Rouen

  • 18h30 et 20h15, place des Carmes : Ameriga
  • 18h45 et 20h30, place Barthélémy : Marcus & Cookie Monkey
  • 19 heures et 20h45, rue Eau-de-Robec : You
  • 19h15, place de la Pucelle : Animal Tristé, Tankus The Henge
  • 19 heures, place des Emmurées : Dj Aeon Seven, Sango Ndedi Ndolo, Dope Saint Jude, Orchesta Mendoza

Concerts gratuits