photo Geoffrey Fages

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Noces de sang est une des pièces essentielles de l’œuvre de Federico Garcia Lorca. Dans ce texte, le dramaturge espagnol mêle réalisme et fantastique, plonge dans le quotidien du peuple andalous, attaché à sa terre et à ses traditions. Noces de sang est une tragédie, une histoire d’amour impossible. Il est question de mariage, entre le fiancé et la fiancée. Or, la jeune femme et Leonardo, déjà marié, s’aiment passionnément et secrètement. Juste avant de célébrer l’union, les amoureux s’enfuiront et seront traqués dans les bois… Guillaume Cantillon du Cabinet de curiosités a mis en scène cette pièce dans laquelle les non-dits conduisent au drame. Noces de sang est joué mercredi 22 avril à la scène nationale de Dieppe. Entretien avec Guillaume Cantillon.

 

Vous répétez que cette œuvre est importante pour vous. Pourquoi ?

Elle me fait rêver depuis l’adolescence. Je m’étais promis qu’un jour, j’y reviendrai. Les thèmes que Lorca aborde me préoccupent beaucoup. Il y a l’engagement, la micro-société très fermée, la figure plus libre qui fait tout exploser…

 

Pourquoi avez-vous préféré travailler sur une nouvelle traduction ?

La traduction existante est très belle. Elle a été écrite par un ami de Lorca. Mais, elle date et me paraît un peu ampoulée. En fait, deux personnes ont traduit ce texte : une première sur les parties dialoguées, une seconde sur les parties poétiques. Je préférais un seul regard sur cette pièce.

 

Qu’aimez-vous dans la langue de Lorca ?

Je reviens souvent à ces auteurs qui se trouvent à cheval entre le XIXe et le XXe siècles. C’est une période charnière de l’écriture. En fait, avec ces écrivains comme Lorca ou Maeterlinck, on quitte le théâtre bourgeois pour aller vers un théâtre évoquant la liberté, la communication avec le cosmos et ramenant de la tragédie.

 

 

Comment avez-vous appréhendé ce texte dont vous rêviez ?

Avec beaucoup de simplicité parce que tout est inscrit dans le texte. Je suis toujours très respectueux des textes que je monte. Pour Noces de sang, j’ai voulu que l’on entende tout, tous les enjeux de cette histoire. J’ai ainsi laissé une grande place aux non-dits et au silence. Dans le troisième acte qui ouvre le champ de la tragédie, la théâtralité change un peu. Elle est davantage contemporaine dans la forme.

 

Quelle attention portez-vous à ce couple d’amoureux ?

Elle est toute particulière. Lorca observe ces amoureux à la loupe. Tous deux sont tiraillés, coincés dans des conventions. Nous nous sommes en effet posé beaucoup de questions sur ce tiraillement. Cependant, dans les pièces de Lorca, tous les personnages sont importants. Il est vrai que les deux amoureux sont des êtres complexes, ont des figures de poètes, hors convention, hors de la société. La situation est complexe aussi mais pas tant que cela puisque beaucoup de gens se sont retrouvés dans cette situation : aimer quelqu’un et tomber amoureux d’une deuxième personne. Ce ne sont pas des héros. Lorca aborde là tous nos travers, une humanité médiocre et magnifique.

 

 

  • Mercredi 22 avril à 20 heures à la scène nationale de Dieppe. Tarifs : de 22 à 7 €. Réservation au 02 35 82 04 43 ou sur www.dsn.asso.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique et Fabio Alessandrini à l’issue de la représentation.