Lucrèce Borgia termine sa tournée. La pièce de Victor Hugo, mise en scène par David Bobée, directeur du CDN de Haute-Normandie, est présentée vendredi 26 février aux Vikings à Yvetot. Deux femmes sont remarquables dans ce spectacle magnifique. Tout d’abord Béatrice Dalle qui joue Lucrèce Borgia, cette empoisonneuse, et Catherine Dewitt, comédienne, assistante à la mise en scène et dramaturge qui joue une princesse Negroni débridée.

 

photo François Stemme

Elle est madame Poupard dans Les Égarés de Marc Lainé. Elle est aussi la Negroni dans Lucrèce Borgia. Qu’elle soit sur le toit d’une voiture avec un crocodile sur les genoux ou sur une scène, Catherine Dewitt a une présence qui irradie. On l’a beaucoup vue dans des rôles dramatiques et elle y est toujours juste, magnifique, bouleversante. Quand elle joue une mère possessive et cinglée ou une princesse déjantée, elle est d’une étonnante drôlerie.

 

Catherine Dewitt est comédienne, dramaturge et assistante à la mise en scène avec David Bobée au CDN de Haute-Normandie. « Je me sens engagée avec David et son histoire. Avec lui, c’est une rencontre magnifique. Au delà de son théâtre, j’aime sa nécessité de réunir des gens de cultures différentes. Tout ce qui apporte quelque chose de différent le fascine. Je suis en accord profond avec ce qu’il défend ». Et sur le plateau ? « Avec David, on est dans l’échange et dans l’invention perpétuels. On ne fait pas avec ce que l’on sait faire mais il nous incite à aller fouiller ailleurs. Tu as ainsi l’impression de pouvoir tout faire. C’est rare sur un plateau ».

 

Avec Lucrèce Borgia, Catherine Dewitt fait un beau retour sur scène. « C’est la première fois que je vis une telle aventure. C’est une histoire qui ne s’use pas » et qui a commencé lors de l’été 2014 à Grignan. « Même si nous sommes fatigués, même si nous avons les pieds dans l’eau, nous avons tellement de plaisir à jouer ce spectacle, à être ensemble. David a su créer une belle alchimie dès le début et un spectacle tellement fort et généreux ».

 

Une vie au théâtre

Le théâtre lui a manqué pendant un temps. Catherine Dewitt nous a manqué aussi. Le théâtre reste une partie intégrante de sa vie. « C’est un métier passion. C’est mon père, météorologiste, qui m’a transmis cela. Cet amour pour ce que l’on fait ». La comédienne joue et met en scène depuis son enfance. « A 10 ans, j’ai fondé ma compagnie ». Les envies de théâtre n’ont jamais disparu. Que ce soit au collège, au lycée. « En première et en terminale, nous avions des abonnements au TNP. Chaillot était comme ma maison ». Catherine Dewitt adore « avoir les pieds sur un plateau, porter une parole, être avec les autres, être dans le dialogue avec les autres ».

 

Une vie au théâtre, ce sont des rencontres. Il y a eu Jean Lebeau, ancien co-directeur du CDN de Montpellier, Alain Bézu, directeur du théâtre des 2 Rives à Rouen… Catherine Dewitt a beaucoup bougé, à Amiens où elle a fait le conservatoire, des études de lettres et d’histoire, à Brest, à Lyon, à Paris… Ce sont aussi des rôles choisis avec exigence, notamment ce monologue Cousu de fil noir, « un de mes plus beaux souvenirs », Antigone d’Anouilh, dans Britannicus de Racine… « Agrippine est un des plus beaux personnages. Ce moment où elle craque est magnifique. A ce moment-là, j’étais dans un travail de comédienne qui voulait maîtriser. Craquer sur scène, j’arrivais à l’imaginer, à voir ce que cela devait être. Mais je le maîtrisais beaucoup. Un jour, cela a été vertigineux. Quelque chose en moi avait accepté de lâcher. Tout ce que j’ai pu faire après était empreint de cela. Le plaisir était différent ».

 

L’envie de théâtre se mêle à celle de la littérature comparée. « Mon amour de la dramaturgie vient de là. Ma difficulté de choisir aussi. Je veux tout tout de suite et que ce soit entier. Sinon, je refuse », s’amuse la comédienne. Dans ce travail, il y a aussi cette volonté de transmettre et de partager. « Le labo des spectateurs au CDN est une très belle idée. C’est important de pouvoir mettre des mots sur des choses. Quand on réduit le nombre de mots dans son vocabulaire, on réduit sa pensée ».

 

 

 

Lucrèce Borgia

  • vendredi 26 février à 20h30 aux Vikings à Yvetot.

Les Égarés

  • Vendredi 13 mai à 20 heures dans la communauté de communes de l’Andelle. Gratuit. Réservation au 02 32 78 85 25 ou sur www.scene-nationale-evreux-louviers.fr
  • Du mardi 24 au vendredi 27 mai à 20 heures à la scène nationale de Dieppe. Gratuit. Réservation au 02 35 82 04 43 ou sur www.dsn.asso.fr