La compagnie Sept Ans plus tard fait d’Andromaque de Racine une confrontation de territoires occupés par des enfants gâtés. Cette nouvelle adaptation, Andromaque Les Héritiers, est à découvrir du 13 au 15 février au CDN de Normandie Rouen.

photo Denis Guégin

Damien Chardonnet-Darmaillacq est un jeune metteur en scène. Mais qu’est-il allé chercher dans Andromaque de Racine ? « Quand on choisit un texte, on raisonne avec les enjeux qui nous traversent ». Dans cette œuvre classique, écrite en 1667, un élément a été essentiel pour lui : « chaque personnage est un héritier. C’est une génération de personnes qui arrive après les grands héros de la guerre de Troie. Elles sont toutes dépositaires d’un territoire, de richesses. Ce sont des enfants gâtés, des gosses de riches. Ils ont tout pour eux, surtout les moyens de faire des choses formidables mais ils décident de ne pas aller vers la raison, de ne pas penser. Ils préfèrent la satisfaction immédiate. Comme à notre époque ». Oreste est en Grèce, Hermione à Sparte, Pyrrhus à Épire et Andromaque à Troie. « Ces données géographiques m’ont fait changer d’angle de vue. Là, il y a des territoires à conquérir. Ce sont donc des enjeux politiques », remarque le metteur en scène.

Il est vrai que l’on résume le plus souvent Andromaque à une histoire d’amours. Après la prise de Troie, Andromaque, devenue veuve, et son fils Astyanax deviennent les captifs de Pyrrhus, roi d’Épire. Celui-ci est épris de sa prisonnière alors qu’il est fiancé à Hermione, aimée par Oreste. Le tout se terminera dans un bain de sang. Damien Chardonnet-Darmaillacq n’occulte pas cette « chaîne amoureuse. Mais ces personnages ne portent pas un bel amour. C’est juste un prétexte à un désir personnel. Ils parlent de leur difficulté à être. Ils vont alors partir dans la conquête de l’autre pour légitimer leur existence. Cette histoire va véritablement au-delà des enjeux amoureux. C’est la trame, plus que le sujet ».

« Une obsession de l’image »

Dans Andromaque, Damien Chardonnet-Darmaillacq ne voit pas un seul sujet mais quatre différents, comme autant de personnages principaux. « Chacun est sur son territoire, construit son récit sans être capable de créer un langage commun. On peut alors faire un parallèle avec notre histoire contemporaine et cette vague nationaliste en Europe ».

Pour cet Andromaque, Les Héritiers, joué du 13 au 15 février au CDN de Normandie Rouen, Damien Chardonnet-Darmaillacq a imaginé quatre espaces scéniques pour Andromaque, Pyrrhus, Hermione et Oreste. « Ils sont tellement dans l’obsession de l’image d’eux-mêmes, dans la mise en scène de leurs récits respectifs que j’ai installé des caméras dans chaque territoire. Ce qui ouvre des perspectives de lecture ». Ces « sales gosses » communiquent uniquement à travers la vidéo et se retrouvent enfermés dans cette image sans avoir la capacité de se projeter dans un avenir commun.

  • Mardi 13, mercredi 14 et jeudi 15 février à 20 heures au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly. Tarifs : 18 €, 13 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du mercredi 14 février.