Elle est à nouveau seule sur scène pour partager la beauté des rencontres. Marie Payen joue du 13 au 17 mars au CDN de Normandie Rouen Perdre le nord, une pièce écrite dans une langue inventée à partir des conversations partagées avec les réfugiés.

photo Lucie Martin

C’est une comédienne et chanteuse qui aime les exercices périlleux. Marie Payen ose des formes théâtrales inédites, toujours empreintes de poésie et de générosité. jEbRûLE était un récit improvisé à chaque représentation, une errance dans les méandres de la pensée à la recherche d’un passé. Surtout ne pas oublier. Dans Perdre le nord, qu’elle crée du 13 au 17 mars au CDN de Normandie Rouen, Marie Payen n’oublie pas non plus ces rencontres avec les réfugiés dans les rues de Paris. Depuis 2015, elle passe du temps avec les exilés, leur apporte un soutien, va « les extraire de leur merdier », les accompagne. « Je n’ai aucun message à donner. J’ai juste envie de parler ».

Parler, témoigner, partager ces échanges, « cet acte poétique de la rencontre à travers des langues différentes, la non-compréhension du langage de l’autre, sauf l’anglais des paumés. L’enchantement a fonctionné au-delà et en deçà de toute action militante ». Comment narrer ces récits terribles ? « C’est impossible. Il y a tellement  de profondeur, de strates, de sédiments de vie dans ces parcours. C’est impossible à tenir dans un discours analytique. C’est impossible de conter l’errance d’une personne ».

« Porter une parole libre »

Pour écrire Perdre le nord, Marie Payen s’est laissée traverser par les émotions. « J’ai déjà rencontré de telles situations. Les larmes sont bienvenues. Le théâtre est bien placé pour parler de tout cela. Mon travail de comédienne me permet de me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre. Un acteur, c’est un exilé de lui-même. Il se met dans un récit, dans la langue d’un autre ». La comédienne s’est promenée dans toutes les langues, dans les différentes sonorités « jusqu’à comprendre ce que l’on me disait » et inventer une langue commune et universelle issue de tous ces voyages. « Quand le sens n’est pas tout à fait possible à attraper, c’est un sens imaginaire qui prend le pas ».

Perdre le nord est un spectacle nomade, « un mystère de l’être humain qui décide d’être libre, de porter une parole libre sous les étoiles, dans le cosmos. Quelque part, ils seront toujours dans le cosmos. C’est d’ailleurs leur force ». Marie Payen transmet cette parole libre parce qu’elle a du mal à regarder ce nord, cette partie du globe. « L’Europe n’est pas digne de la rencontre avec les autres. Sa psyché est malade. Les pays  qui la composent sont comprimés par leurs frontières. Je veux achever cette parole mortifère. J’ai perdu mon nord parce qu’il pue. Aujourd’hui, il vaut mieux le perdre » pour se réfugier dans des territoires imaginaires.

  • Mardi 13, mercredi 14, jeudi 15 et vendredi 16 mars à 20 heures, samedi 17 mars à 18 heures au théâtre des Deux-Rives à Rouen. Tarifs : 14 €, 9 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du mardi 13 mars