Eva Doumbia et sa compagnie La Part du pauvre propose une Traversée aux mille couleurs vendredi 17 et samedi 18 mars au CDN de Normandie Rouen. C’est un voyage littéraire et musical sur trois continents en 400 ans.

 

photo Francis Rugirello

Pour La Traversée, Eva Doumbia a rassemblé un chœur, d’hommes et de femmes, d’auteures, de comédiens et de musiciens, d’artistes originaires du Cameroun, du Mali, du Burkina Faso et de France. C’est le guide d’un périple qui commence il y a 400 ans et sillonne l’Europe, l’Afrique et les Caraïbes. Ce spectacle, présenté vendredi 17 et samedi 18 mars au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly, revient sur une page de l’Histoire, l’esclavage, la colonisation, la décolonisation.

 

La démarche artistique d’Eva Doumbia est singulière. Elle est empreinte de son histoire personnelle, de celle de sa famille, malienne et ivoirienne. L’auteure et metteure en scène a grandi à Gonfreville-l’Orcher, près du Havre. « Nous étions la seule famille noire », se souvient-elle. Le théâtre d’Eva Doumbia est aussi métissé. Elle marie danse, musique, littérature, vidéo, photographie…

 

La Traversée est une découverte. Celle de l’empire Ségou du XVIIIe siècle, celle de la décolonisation des années 1960, celle de la France du XXIe siècle. « Le public qui vient voir mon travail connaît un certain nombre de choses mais n’est pas forcément au courant de tous les faits de la colonisation et de la décolonisation, aussi de la part d’ombre de la France. Il ne faut pas oublier que la colonisation est le résultat d’une guerre. L’Afrique continue de subir aujourd’hui des destructions. C’est notre histoire à tous, celle du sucre, du café, du cacao, du thé, du coton… »

 

Découverte également d’écritures de grandes auteures : Eva Doumbia réunit des textes de Maryse Condé, romancière célèbre, Jamaïca Kincaid et Fabienne Kanor. « Elles ont un point commun : elles sont descendantes d’esclaves. Maryse Condé est moins radicale que nous. Elle est la plus conciliante. Contrairement à Jamaïca Kincaid qui est plus dure. Elle évoque les touristes à la recherche de lieux paradisiaques et décortique leur image. Je suis très proche de Fabienne Condé. Nous sommes de la même génération. Elle a une langue très inventive, pleine de créolité ».

 

Le sujet de La Traversée, la traite des noirs, est douloureux. « On ne fait pas dans l’angélisme. Je n’impose pas un point de vue. Les textes des auteures sont différents ». Eva Doumbia fait un retour sur un passé qui reste encore très présent.

 

  • Vendredi 17 mars à 20 heures, samedi 18 mars à 18 heures au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly. Tarifs : 14 €, 9 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 03 29 78 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du samedi 18 mars.