Le texte de Lenz, Les Soldats, raconte l’histoire d’une dégringolade. Celle d’une jeune femme qui se trouve trop à l’étroit dans sa famille et se fait abuser par les hommes d’une garnison. Anne-Laure Liégeois plonge dans l’univers froid de Lenz avec cette nouvelle création, jouée mardi 13 et mercredi 14 février au Volcan au Havre.

Photo Christophe Raynaud De Lage

« C’est un sujet d’actualité depuis toujours. Il est mis en lumière quand on en parle mais c’est notre actualité à toutes depuis que nous sommes filles ». Anne-Laure Liégeois retrace le parcours d’une adolescente victime de la violence des hommes et prisonnière de l’autorité d’un père. Avec ce récit d’une destruction, Elle s’empare avec gourmandise de l’œuvre de Jakob Lenz (1751-1792) évoquant « la place des femmes dans la société depuis des siècles ». Les Soldats, un livre publié en 1775, c’est l’histoire de Marie. Elle est la fille d’un commerçant. Elle aime Stolzius, fils d’un autre commerçant à Armentières. Tout aurait pu être écrit d’avance : un mariage d’amour entre deux enfants issus d’une même petite bourgeoisie. Marie en a décidé autrement. Elle tombe amoureuse d’un capitaine de garnison qui lui promet une autre vie remplie de belles surprises. Des promesses qui ne seront tenues très longtemps. Marie sera vite abandonnée. Désespérée, elle se jette alors dans les bras des autres soldats, assoiffés de désirs et de violence.

« C’est un enchaînement de harcèlement. Tout se déroule malgré elle. A 15 ans, 20 ans, les jeunes filles croient en l’amour. Marie est pleine de joie. Un garçon la séduit et profite de la situation. Un autre arrive. Et c’est toute une meute qui s’amuse. On peut dire de Marie qu’elle est naïve. Dit-on cela d’un homme ? Non. Marie est juste vivante », remarque Anne-Laure Liégeois. La jeune fille sera aussi confrontée à la violence des adultes, de sa famille. « Sa mère se tait. Son père essaie d’en profiter. Quant à sa sœur, elle n’exprime aucun sentiment. Ce sont des parents affreux, dévoreurs. A chaque jeune correspondent des adultes éducateurs qui affirment une autorité, des interdits. Il n’y a pas de liberté chez l’enfant. Encore moins d’écoute ».

Du théâtre dans le théâtre

Avec Les Soldats, une pièce jouée mardi 13 et mercredi 14 février au Volcan au Havre, La metteure en scène retrouve des thèmes qui lui sont chers : le rapport entre les hommes et les femmes, celui d’un groupe à un individu, la place de la famille… « C’est un texte littéraire magnifique, une histoire de chair ». Anne-Laure Liégeois l’a abordé par la traduction. « Cela permet d’entrer fortement dans le sens, de travailler sur les nuances. Par ailleurs, Les Soldats est un texte abrupt, un peu désuet. Il était important de retrouver une dynamique, de le mettre à l’endroit de notre parole ».

Dans sa mise en scène, Anne-Laure Liégeois a composé avec une histoire sans unité de temps et de lieu. Elle a dû « construire des passerelles entre les actions, entre les temps ». Elle accorde une place singulière au silence et au mouvement, donc à une danse écrite par le chorégraphe Sylvain Groud. Les Soldats, c’est aussi du théâtre dans le théâtre. Lenz le définit comme un « bien d’utilité public » en fait un lieu d’émancipation. Pour Anne-Laure Liégelois, c’est une belle occasion de « transformer les personnages en personnages de théâtre » et d’installer « une scène sur la scène ».

Pour encore mieux dévoiler l’univers de Lenz, la metteure en scène ajoute aux Soldats, Lenz un texte de Büchner. Cette nouvelle relate la folie de l’auteur. Jakob Lenz a plongé dans les torrents des Vosges, s’est jeté par les fenêtres plusieurs fois avant de mourir à 41 ans, sous la neige, complètement ivre. A partir des notes du pasteur Oberlin, Büchner décrit la maladie mentale, la solitude d’un homme qui entretenait une relation forte à la nature.

  • Mardi 13 février à 20h30, mercredi 14 février à 19h30 au Volcan au Havre. Tarifs : 17 €, 9 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com