C’est un théâtre qui s’inspire du quotidien. Moi, Corinne Dadat de Mohamed El Khatib du collectif Zirlib, présenté mardi 26 avril à la Maison de l’Université à Mont-Saint-Aignan avec le CDN de Normandie Rouen, est le récit d’une vie d’une femme de ménage.

 

photo Marion Poussier

photo Marion Poussier

Avant toute création, il y a une rencontre. Mohamed El Khatib ne sait pas faire autrement. « J’aime travailler à partir du quotidien. Je vais m’y nourrir. Toutes rencontres sont extrêmement riches. On dit : la réalité dépasse la fiction. Je pense vraiment que les gens sont des romans vivants. Cela n’empêche pas de faire un détour par la fiction et prendre quelques libertés avec la réalité ».

 

Un tel travail prend du temps. Parce qu’il faut gagner la confiance de toutes ces personnes. « Cela peut durer deux ans. C’est le temps de la confiance. Il faut faire tomber les barrières. Il faut aimer les gens. J’ai une vraie affection et une vraie tendresse pour eux. J’ai un regard sans concession mais bienveillant. Alors nous nous voyons régulièrement. J’enregistre beaucoup. Quand j’ai recueilli beaucoup de matières, j’envisage l’objet scénique. Lors des rencontres, je ne pense pas au spectacle pour ne pas évacuer certaines informations », remarque le metteur en scène, auteur et cinéaste.

 

Mohamed El Khatib a rencontré Corinne Dadat. Au lycée Sainte-Marie à Bourges, il anime un atelier de théâtre avec les élèves. Elle est femme de ménage. Ils se croisent dans les couloirs. Les premiers échanges n’ont pas été très joyeux. Mais Mohamed El Khatib a apprécié « sa présence. Elle a une présence animale. Aujourd’hui, au théâtre, la part du vivant est formatée. Les comédiens font ce que l’on attend d’eux. Sa fragilité, c’est sa force ». Il aime aussi « son franc-parler. Elle a quelque chose que l’on n’entend plus. Elle dit ce qu’elle pense. Pour moi, c’est vivifiant ».

 

Dans le théâtre de Mohamed El Khatib, il y a un geste politique. « La classe ouvrière est absente du spectacle. On ne sait plus à quoi elle ressemble ». Le metteur en scène la rend visible et audible. Dans Moi, Corinne Dadat, présenté mardi 26 avril à la Maison de l’Université à Mont-Saint-Aignan, Corinne Dadat prend la parole.

 

Il y a bien évidemment un geste artistique. Le metteur en scène déconstruit alors les codes classiques du théâtre pour « fabriquer un objet qui remet en cause le théâtre lui-même ». Moi Corinne Dadat est un ballet pour trois interprètes. « J’aime quand on voit des corps différents au théâtre. Il y a celui d’une femme de ménage, celui d’une danseuse contorsionniste et le mien. Ce sont des corps qui n’ont pas l’habitude de cohabiter, qui travaillent, qui ne montrent pas la douleur ». Ce spectacle croise des parcours, raconte la vie de cette femme tout en rendant hommage à toutes celles qui travaillent dans l’ombre.

 

 

  • Mardi 26 avril à 20 heures à la Maison de l’Université à Mont-Saint-Aignan. Tarifs : 14 €, 9 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 03 29 78 ou sur www.cdn-hautenormandie.fr