photo Christophe Abramowitz

Thomas Legrand est à L’Armitière à Rouen vendredi 14 décembre pour dédicacer la BD dont il est le héros… Avec la République. Le sémillant et populaire chroniqueur politique de France Inter livre un passionnant (et accessible) ouvrage de vulgarisation pour décrypter L’Histoire de la Ve République (Ed. Les Arènes). Entretien.

Votre livre couvre toute la Ve République, de De Gaulle à Macron. Il ne vous aura manqué que les Gilets jaunes…

Oui, mais vous avez vu, la couverture du livre est jaune… ! (rires)

D’ailleurs, comment expliquez-vous ce phénomène par rapport à cette Ve ?

La crise des Gilets jaunes, c’est une crise de la représentation, une crise institutionnelle liée au fait que l’élection présidentielle soit directe, qu’elle se passe entre le peuple et un homme. Et qui plus est, elle est due aussi au fait que ce président ne s’appuie pas sur un parti, qu’il n’a pas de relais sur le terrain, ni d’idéologie. Ce côté « personnaliste » de la Ve République, si l’on peut dire, c’est ce que l’on peut lui reprocher. La légitimité est plus directe, plus forte aussi. Le déséquilibre qui fait que l’exécutif a la main, fait aussi que le président est plus seul que jamais.

Comme vous l’expliquez, c’est ainsi que l’a voulu De Gaulle quand il a lancé le projet de nouvelle République…

Oui, il l’a voulu pour sortir de la IVe. Mais l’époque était bien différente. La sphère publique était alors beaucoup plus vaste. Il y avait un plan d’aménagement national, le pouvoir pouvait influer sur la monnaie, les entreprises d’État étaient nombreuses. Il faut se souvenir que le prix de la baguette était fixé en conseil des ministres.

Avant, les présidents avaient le pouvoir d’agir sur le réel. Depuis, la mondialisation est passée par là, les réseaux sociaux, etc.

Mais la Ve République existe quand même encore… Il ne faut pas oublier qu’elle a été faite pour régler une crise (La guerre d’Algérie – Ndlr). C’est compliqué ensuite quand la guerre fait place à la paix. Mais la République a su s’adapter malgré tous ses défauts. Il faudrait adoucir cette Ve République aujourd’hui, lui donner plus de respiration…

Vous commencez le récit en BD par une approche chronologique avec De Gaulle, donc. On sent beaucoup de respect pour le Général…

Du respect, bien sûr. Il a tout de même sauvé la France deux fois ; y compris d’une guerre civile. Mais je parle quand même du Sac (Service d’action civique : police parallèle aux agissements douteux – Ndlr). Le Général serait anachronique dans le paysage actuel.

Le lecteur vous découvre vous-même en personnage qui explore le passé, assistant aux scènes voire interviewant des personnalités, façon Tintin reporter avec sa houpette – le trait n’est pas sans rappeler Hergé…

La houpette, j’en ai une. Et le dessinateur François Warzala a trouvé ça bien. Je trouve que son trait va bien avec l’époque. L’idée de départ, c’est Laurent Muller – qui s’occupe des BD aux Arènes – qui me l’a soumise pour tenter de vulgariser le sujet. Et le proposer aussi à de jeunes lecteurs qui de fait ne connaissent pas très bien cette période. Comprendre les règles du jeu démocratique. C’est aussi pour cela qu’après une première partie chronologique, j’aborde une 2e partie thématique. Et ce d’autant qu’il faut bien le dire, après De Gaulle, la Ve République devient beaucoup moins épique…

Auriez-vous aimé vivre réellement ce que vous faites dans la BD, à savoir être journaliste à cette époque ?

J’aurais aimé participer aux débats du quotidien Le Monde auxquels je fais allusion. C’est certain.

Et d’ailleurs vous avez dû extrapoler pour mettre en scène certains épisodes-clés de la Ve République…

Si certaines rencontres ne se sont pas passées comme dans la BD, cela aurait pu néanmoins se faire. Je me suis toujours documenté. J’ai par exemple demandé au fils de Michel Debré de me dire ce que son père aurait pu répondre à mes questions si je l’avais rencontré. Et quand Malraux fait fumer de l’opium à De Gaulle dans le livre, c’est surtout pour me permettre de faire parler De Gaulle qui avait la réputation d’être très silencieux et de ne rien dévoiler…

Propos recueillis par Hervé Debruyne

Infos pratiques

  • Vendredi 14 décembre à 18 heures à la librairie L’Armitière à Rouen.
  • Entrée libre