Après quelques tempêtes et des mois de réflexion, L’Étincelle, théâtre(s) de la Ville de Rouen, affiche un visage lumineux et une nouvelle ambition avec une programmation artistique partagée, une plus grande attention aux publics et un mode de gouvernance repensé.

Un autre souffle

L’Étincelle, le théâtre de la ville de Rouen, est née en 2016 de la fusion de deux structures installées, la première, au Hangar 23 et, la seconde, à la chapelle Saint-Louis et à la salle Louis-Jouvet. « C’est une volonté de la municipalité, rappelle Christine Argelès, Première adjointe en charge de la Culture, de la Jeunesse et de la Vie étudiante. Nous voulions garder les axes forts de ces deux lieux complémentaires : avoir une programmation variée, donner une place importante à l’émergence et l’action culturelle ». Le départ de Sébastien Lab, alors directeur, en mars 2018 pour le théâtre Paul-Éluard à Bezons, a été l’occasion de porter un regard neuf sur le projet artistique et ses objectifs, sur le mode de gouvernance de L’Étincelle. 

Tout est parti d’un constat. « Nous nous sommes rendu compte que nous étions dans un système pyramidal. Tout descend. Nous avons considéré que le théâtre est le bon espace d’expérimentation, d’innovation et décidé de donner de la liberté en apportant une dimension d’horizontalité. Nous sommes beaucoup plus intelligents quand nous réfléchissons à plusieurs », estime Christine Argelès.

Une réponse à la demande de l’équipe de L’Étincelle qui a piloté la structure en toute autonomie pendant plusieurs mois. « Elle ne voulait d’une nouvelle direction artistique et nous a fait part de ce besoin d’un lien en interne et en externe. Ce qui a réinterrogé le faire ensemble. Elle a d’ailleurs été associée au recrutement », remarque l’élue. « Nous savions faire seuls mais nous manquions de souffle à cause de nos missions respectives. Nous avions besoin d’un regard extérieur, d’être nourris », confie Tiphaine Le Maout, responsable de la communication.

Une équipe avec un coordinateur et…

Plusieurs chantiers ont été menés. Des réflexions qui ont permis tout d’abord de confirmer la ligne artistique. L’Étincelle garde une pluridisciplinarité (théâtre, musique et danse) dans sa programmation mêlant artistes confirmés et jeunes compagnies. La singularité réside dans le mode de fonctionnement de L’Étincelle. Pas de nouvelle direction donc mais une coordination du projet artistique, culturel et territorial qu’assure depuis fin avril 2018 Bertrand Landais, directeur de l’espace culturel François-Mitterrand à Canteleu pendant quinze ans, « connu pour se qualités humaines et son exigence artistique », souligne Christine Argelès. 

Bertrand Landais a été séduit par « la collusion d’une ambition politique forte, d’un intérêt pour les droits culturels et un accompagnement de la création. C’est assez rare ». S’ajoutent « une volonté collective et la présence de Yann Dacosta. Tout cela fait corps ». Dans ce projet, le coordinateur souhaite « un théâtre ouvert sur la place publique, un travail dans le partage afin que chacun trouve du sens ». En ce qui concerne la programmation de L’Étincelle, Bertrand Landais est accompagné de Tiphaine Le Maout pour la musique, de Grégory Roustel, responsable du pôle création, pour le théâtre et Céline Carpentier, chargée du développement et des relations avec les publics, pour la danse.

… avec un artiste compagnon

C’est Yann Dacosta qui accompagne les trois prochaines saisons de L’Étincelle. Le metteur en scène et fondateur du Chat Foin a participé à cette réflexion globale sur le projet de L’Étincelle à un moment où il s’interrogeait sur son métier avec notamment le collectif Culture et citoyenneté. « Les attentats de 2015 ont été traumatisants pour moi. Faire une date avec ces trois étapes, monter, jouer, démonter, ne me satisfait plus. Je veux prendre du temps, diffuser des concepts. Travailler en amont a un impact fou sur les publics. Le spectacle devient des retrouvailles. Nous sommes ainsi dans un processus de vie. Artistes, nous devons nous interroger sur la manière dont nous partageons nos processus de création, dont nous incluons les habitants dans nos projets. Ce sont des processus longs et je souhaite les expérimenter sur ce territoire. C’est une utopie partagée avec une équipe. Je me sens à L’Étincelle sur un terrain ami. Je suis à l’endroit de cet artiste compagnon, donc associé, impliqué dans une réflexion, au service d’une équipe pour être à des endroits citoyens et construire des espaces autres ».

« Ces attentats de 2015 ont été un tremblement de terre et renvoyé à une responsabilité, à une culture étroite dans son offre, dans son public. Les artistes ont été très demandeurs d’une action culturelle. Comment sort-on de ces 7 à 10 % de ces gens qui fréquentent les lieux artistiques qui doivent être des outils d’émancipation », ajoute Christine Argelès. D’où la nécessité d’établir un lien permanent avec les artistes. Selon Bertrand Landais, « les attentats ont démontré que nous avions échoué. Si des personnes en arrivent là, c’est que cette génération a peu d’horizon. Créer du lien, c’est avoir aussi une présence au quotidien dans les théâtres. C’est fondamental. Marine (Nativelle, chargée des projets de territoire et des relations avec les publics, ndlr) est en permanence à la salle Louis-Jouvet. Elle est active. Et c’est une force. Le théâtre est comme un voisin ou un cousin que l’on visite ».

Pendant ces trois saisons, Yann Dacosta poursuivra son travail artistique sur les petites formes autour la relation amoureuse, entamé avec Qui suis-je ? et La Hchouma, et aussi sur Les Détachés sur les liens qui sera créé en octobre 2010 à L’Étincelle. « Ces trois années seront un work in progress ». Rien n’est gravé et les projets artistiques seront nourris des rencontres et des différentes actions culturelles.

  • Présentation de la saison vendredi 20 septembre au conservatoire de Rouen.