C’était une volonté de la Région Normandie : confier la programmation de la chapelle Corneille à l’Opéra de Rouen Normandie. C’est chose faite depuis la rentrée culturelle en septembre 2018. Les deux propositions artistiques se complètent et traversent des siècles de création musicale. Explication avec Loïc Lachenal.

Karine Deshayes
photo Aymeric Giraudel

Il y a tout d’abord le Théâtre des Arts, « le lieu de l’opéra, de l’orchestre et de la danse. C’est aussi l’endroit où l’on produit ». Un peu plus loin se trouve la chapelle Corneille, « une salle singulière, pour le reste ». Pour Loïc Lachenal, le reste ne signifie pas patchwork musical. « La programmation à la chapelle Corneille se fait de manière intuitive, voire sensorielle. Elle se fait avec les vibrations que le lieu me donne, avec ce qui le dépasse et le sublime ».

Loïc Lachenal veut dessiner une identité plurielle à ce joyau architectural. Le nouveau directeur de l’Opéra de Rouen Normandie s’est vu confier dès septembre 2018 la gestion de la chapelle par la Région Normandie, propriétaire de l’édifice. « Toutes les musiques sont à la chapelle et toutes les musiques y ont leur place. Elle permet d’inviter des musiciens de tous les horizons, d’ouvrir les spectres ». 

Du classique avec Les Talens lyriques de Christophe Rousset qui accompagnent Sandrine Piau pour l’interprétation du Stabat Mater de Pergolèsi. Philippe Sly, baryton-basse, s’empare du Winterreise de Franz Schubert. Le chœur Accentus évoque la liberté avec Figure humaine de Poulenc, la lumière avec des œuvres de Camille Saint-Saëns et de Reynaldo Hahn.

Durant la période de Noël, La Maison illuminée d’Oswald Sallaberger propose un week-end à la chapelle pour entendre diverses œuvres liturgiques de Haendel, Haydn, Corette, Caplet… François Lazarevitch et les Musiciens de Saint-Julien préfèrent un Noël baroque avec Corelli et Charpentier. B’Rock Orchestra revient pour ouvrir des pages musicales du XVIIIe siècle.

Rencontres artistiques

La chapelle se veut être le lieu de rencontres artistiques, des artistes comme des genres. Thierry Pécou et son ensemble Variances convient des musiciens amérindiens pour parvenir jusqu’à la Transcendance. B’Rock Orchestra, encore, confronte Vivaldi et John Cage. Quant à Vanessa Wagner, elle revisite le répertoire minimaliste avec le musicien electro, Murcof. Place aux musiques du monde avec L’Étincelle : le fado de Katia Guerreiro, la musique méditerranéenne du Trio Lopez. Il sera question de désir avec le Cantique des Cantiques relu par l’ensemble Zefiro Torna et Ghalia Benali.

En janvier, Loïc Lachenal a souhaité faire la part belle à la voix. L’amour, jusqu’à en « perdre la raison » sera conté par Enguerrand de Has et le Trio Ayonis. La famille Bach est au cœur du concert de l’Ensemble Diderot. Autres retours à Rouen : ceux de Karine Deshayes et des Nouveaux Caractères pour l’interprétation du premier oratorio de Haendel.

Cette saison 2018-2019 à la chapelle Corneille, « lieu d’expression privilégié », ce sont 41 spectacles pour 107 représentations. Les musiques se croisent autant que les formes artistiques et les artistes. Loïc Lachenal se veut être « à l’écoute et dans l’accompagnement » des projets audacieux pour cette bâtisse du XVIIe siècle.