Valérie Baran est la nouvelle directrice du Tangram, élue l’unanimité par le conseil d’administration de l’EPCC en juillet 2019. Issue d’une école de commerce, elle a commencé comme attachée aux questions économiques et sociales dans une entreprise à Moscou, est devenue chargée des relations publiques au théâtre national de Rennes. Avant sa prise de fonction à Évreux, elle était à la tête du Tarmac, scène de la francophonie à Paris, fermée par Françoise Nyssen, alors ministre de la Culture et de la Communication, pour installer le Théâtre ouvert. Interview.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le projet artistique du Tangram ?

Je suis avant tout heureuse de rejoindre la Normandie. C’est la question du territoire qui m’a intéressée. L’Eure est un territoire à la fois urbain et rural avec un tissu associatif, social et des relais importants. Il y a aussi la question du rapport à la population, de l’ancrage territorial très fort. Le Tangram est aussi un établissement singulier, riche de trois outils : une scène de musiques actuelles, une scène nationale et un palais des congrès.

Ce sont des structures avec des missions complètement différentes. Comment envisagez-vous le lien entre ces trois lieux ?

Il va falloir travailler sur ces trois espaces. Il y aura la programmation de la scène nationale, celle de la scène de musiques actuelles et de son développement, l’activité plus économique du Cadran. C’est un outil intéressant qui va nous permettre d’augmenter nos fonds propres. C’est un véritable atout aujourd’hui lorsque les financements de la culture sont tendus. Son développement nous permettra de proposer davantage de spectacles et d’actions culturelles. 

Quelle image aviez-vous de la Normandie ?

Je suis dans la découverte totale. Je n’avais pas d’image pré-conçue.

Quel est votre projet artistique pour le Tangram ?

Je vais poursuivre le travail entrepris, avoir une programmation pluridisciplinaire, préserver cette dimension allant du classique au contemporain. Comme nous allons recentrer notre activité sur le théâtre Legendre, nous allons développer les séries. Je souhaite aussi accompagner la création avec encore plus de productions et de coproductions afin de développer la présence artistique sur le territoire. Je veux donner une orientation plus internationale au Tangram. Il y aura une activité importante et des démarches artistiques fortes.

Y aura-t-il des temps forts pendant la saison ?

Il y a un axe important : je vais transformer le festival Dédale(s) pour lui donner un objectif particulier. Il a été créé avec une attention portée aux jeunes. C’est important de garder cette adresse. Je souhaite que ce festival s’intéresse aux grands changements qui nous attendent. Qu’ils soient climatiques ou technologiques. Le festival, organisé au printemps, se déroulera sur un temps plus long, aura un plus grand nombre de propositions sur l’ensemble du territoire et une vocation internationale. Il y aura également des temps forts avec les créations.

Envisagez-vous de collaborer avec des artistes associés ?

Nous allons accompagner des artistes et des compagnies, proposer davantage de résidences. Le Tangram sera ouvert pour créer, chercher, expérimenter, donner à voir au public et à la profession.

La Normandie est riche de nombreux artistes.

Oui, il y a un vivier riche d’artistes dans toutes les disciplines. Ce dont nous allons rendre visible. Tout cela va se faire dans le temps.

Vous arrivez au moment de la réouverture du théâtre Légendre.

C’est un cadeau d’avoir ce théâtre. C’est un petit bijou et nous allons pleinement investir le lieu. Ici, nous allons pouvoir proposer un grand nombre de formes artistiques, présenter les spectacles en série…

Avez-vous une sensibilité plus théâtrale ou musicale ?

Mes goût sont très éclectiques. Je viens du théâtre, de la danse et des arts de la marionnette. Chaque année, j’ai des révélations. Je vois des propositions artistiques qui me touchent par leur esthétique, leur innovation… En danse, je suis intéressée par le contemporain et jusqu’au hip-hop. En fait, je suis davantage sensible à la singularité de la démarche, l’écriture qui ouvre la focale du regard et la compréhension du monde. C’est tout un cheminement qui se fait. Et je souhaite accompagner le spectateur sur ce chemin.

Qu’est-ce qui vous a amené à la culture ?

Je ne suis pas tombée dans la marmite mais j’adorais être une spectatrice. Au gré d’une rencontre, j’ai été amenée à réfléchir sur la création d’un festival à Rennes. C’est un travail qui m’a passionné. Après, je n’ai jamais quitté le milieu culturel.

15 créations au Tangram lors de la saison 2019-2020

Le Tangram, c’est tout d’abord une scène nationale avec une double mission de diffusion et de création. Cette nouvelle saison, élaborée par l’ancien directeur Mousseau Fernandez, reste éclectique avec des propositions théâtrales, chorégraphiques et circassiennes, avec des grands comme Mourad Merzouki qui fête les 20 ans de sa compagnie Käfig, Jean-Claude Gallotta qui s’est inspiré de L’Homme à la tête de chou, l’album de Gainsbourg repris par Alain Bashung, le génial Alain Platel avec les Ballets C de la B et un Requiem pour L, le Galactik Ensemble, vertigineux, Les 26 000 Couverts avec L’Idéal Club, hilarant, Milo Rau avec La Reprise.

Cette programmation est marquée par 15 créations. La première, Galilée de la Compagnie de la jeunesse aimable rend hommage au scientifique pour repenser le monde. L’étonnant Groupe Chiendent crée Inconsolable(s) pour vivre une expérience d’une rupture amoureuse. Paul Desveaux poursuit ses portraits avec Diane Arbus, grande photographe américaine. La compagnie des Petits Champs de Clément Hervieu-Léger s’empare d’une pièce méconnue de Goldoni, Une Des Dernières Soirées de carnaval. L’Absence de père de La Brèche est une lecture libre de Platonov de Tchekhov. Comic Neman emmène vers un Futuro Antico pour jongler avec le temps et l’espace. Sylvain Levey, artiste en résidence la saison dernière, joue Gros, un texte émouvant. Retour de Sylvain Groud, à la tête désormais du centre chorégraphique national de Roubaix, avec Adolescent.

Le Tangram, c’est aussi une salle de concerts. Alban Legrand mêle de jeunes formations telles que Lysistrata, Vidéo Club, Maxenss et des artistes confirmés comme Tindersticks, La Maison Tellier, Lloyd Cole, Sarah McCoy, Kery James, Jean-François Zygel, Les Innocents, Anne Pacéo. Après une résidence de création, Chassol a composé et écrit à partir du roman de Hermann Hesse, Le Jeu des perles de verre.

Cette nouvelle saison du Tangram, marquée par la réouverture très attendue du théâtre Legendre, commence le 4 octobre avec une carte blanche donnée à la danseuse et chorégraphe Ambra Senatore et le comédien et metteur en scène Simon Falguières. Ce seront deux regards différents portés sur ce magnifique lieu. Pour la première, c’est une découverte. Pour le second, c’est presque sa maison.

Infos pratiques

  • Présentation de saison vendredi 13 septembre à 19 heures au théâtre Legendre à Evreux
  • Programmation complète sur www.letangram.com