Il est l’un des plus grands solistes français à seulement 28 ans. Le violoncelliste Victor Julien-Laferrière enchante par sa présence et la profondeur de son jeu. Il se produit avec les plus grands ensembles européens, en récital et en musique de chambre. Les prix, il les collectionne depuis quelques années. Il a notamment gagné en 2017 le prestigieux concours Reine Elisabeth à Bruxelles lors de la première édition consacrée au violoncelle et en 2018 une Victoire de la musique classique dans la catégorie Soliste instrumental de l’année. Vendredi 1er et samedi 2 février, Victor Julien-Laferrière joue le Concerto pour violoncelle de Dvorák à l’Opéra de Rouen Normandie. Une des dernières partitions que le compositeur tchèque a écrite aux États-Unis en 1894-1895. Son pays lui manque, son amie proche décède. Dvorák alterne alors les instants lyriques, nostalgiques et des élans de fougue. Entretien avec le violoncelliste.

Vous jouez le Concerto pour violoncelle de Dvorák. Est-ce une œuvre que vous avez beaucoup écoutée ?

Je pense que j’ai beaucoup écouté ce concerto quand j’étais enfant. C’est une des pièces les plus symboliques et mon père collectionnait les enregistrements de cette œuvre. J’ai dû notamment beaucoup écouté le concerto joué par Rostropovitch. Depuis que je le travaille, je ne l’écoute plus.

Quels sont vos souvenirs ?

Ce qui me frappait en premier, quand je l’écoutais en concert, ce n’était pas tellement la partie du violoncelle mais plutôt l’orchestration de Dvorák, inventive, colorée, originale. Elle me ravit. Cependant, je n’ai pas de souvenirs précis. Cette œuvre reste la quintessence du violoncelle soliste, héroïque, romantique et aussi la quintessence du jeu des grands violoncellistes, comme Rostropovitch, Du Pré.

Vous avez beaucoup écouté le concerto. Vous l’avez aussi beaucoup joué. Comme le travaillez-vous aujourd’hui ?

Cela a évolué avec le temps. Ce qui est beau avec le répertoire que l’on joue ou revisite, c’est qu’il existe une colonne vertébrale de l’interprétation, une sorte d’idéal et on tend vers cela. L’interprétation est aussi soumise à l’état, à l’humeur du moment.

Est-ce une pièce très physique ?

Oui, elle très physique par son intensité. On utilise le violoncelle dans tous ses états. On n’est pas dans la délicatesse de l’écriture de Schumann. De plus, on est égal à égal avec l’orchestre. Jouer le Concerto de Dvorák est un combat physique.

C’est une œuvre aussi contrastée, entre nostalgie et énergie.

Oui. Dvorák compose le concerto alors qu’il est aux États-Unis. Il a une bonne partie de son esprit tourné vers son pays. Il ressent de la nostalgie, de la tristesse. Il introduit aussi un élément autobiographique. Il l’a rajouté une fois le concerto pratiquement terminé. Il est dans des états différents. D’où cette intensité. C’est intéressant de se plonger dans la genèse d’une œuvre. Cela participe à cette même démarche d’atteindre l’idéal que j’évoquais. 

Jouer du violoncelle reste-t-il laborieux ?

Oui, il faut beaucoup travailler. Jouer de telles œuvres comme le Concerto de Dvorák l’exige. Je travaille différemment avec les années. Je sais que j’ai encore besoin de beaucoup travailler et aussi de me reposer. Cela demande de la discipline.

Le violoncelle a encore pas mal de secret pour vous ?

Absolument et je l’espère aussi. En fait, ce n’est pas le violoncelle en lui-même qui est intéressant mais le répertoire. J’aime l’instrument pour les partitions qu’il me fait découvrir. Il y a un immense répertoire pour soliste, pour musique de chambre, avec orchestre écrit par un grand nombre de compositeurs, allant de Beethoven jusqu’au XXe siècle.

Infos pratiques

  • Vendredi 1er février à 20 heures, samedi 2 février à 18 heures à l’Opéra de Rouen Normandie.
  • Tarifs : de 32 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr