# 10 / Les festivals dans une course contre le temps

par | 8 avril 2020 | covid-19, Dossiers

Le printemps et l’été sont aussi les saisons des festivals. Aujourd’hui, leurs organisateurs et organisatrices naviguent sans boussole et demandent à l’État de se positionner dès le 13 avril sur la faisabilité de leur manifestation. Une lettre ouverte lui a été adressée.

La liste des annulations de festivals ne cesse de s’allonger. En Normandie, il y a Jazz sous les pommiers, Rush, Archéo Jazz… Qui sera le prochain ? Depuis quelques jours, une seule question tourne dans la tête des organisateurs et organisatrices d’événements : sera-t-il possible de réunir dans un même espace plusieurs milliers de personnes ? Pas de réponse de la part du gouvernement qui a décidé un confinement de la population depuis mi-mars pour freiner la pandémie du Covid-19.

Deux mois pour être prêt

Aujourd’hui, « il y a urgence, insiste Aurélie Hannedouche, déléguée générale du Syndicat des musiques actuelles. Nous comprenons les précautions en terme sanitaire et nous ne les discutons pas. Nous ne sommes pas des têtes brûlées. Si nous ne pouvons pas assurer la sécurité du public, nous l’entendrons aussi. Nous avons besoin de visibilité. Aujourd’hui, nous avons fait le deuil des festivals du mois de mai. Qu’en est-il pour ceux organisés en juin ? ».

De la visibilité pour anticiper et mettre en route la machine des festivals. Une telle manifestation se prépare très en amont. « Les deux mois avant la date, nous engageons beaucoup de frais. Il y a les embauches, les réservations de matériel, des prestations de restauration et de sécurité… Si on annule juste deux semaines avant le festival, la structure est pliée. Elle disparaît parce qu’elle ne pourra pas supporter un tel déficit ». 

Des autofinancements à 80 %

Il vaut mieux alors limiter la casse et éviter toutes dépenses inutiles. « Si on arrête tout maintenant, on peut faire jouer tous les dispositifs de droit commun, bénéficier des aides sectorielles ». Les festivals devront alors faire les comptes et tous ne seront pas impactés à la même hauteur. « Ceux qui connaîtront les plus grandes difficultés sont les festivals les moins subventionnés et les plus soumis aux recettes propres, provenant des billetteries, des bars et de la restauration. En grande majorité, les festivals s’autofinancent à 80 %. Par exemple, Le Cabaret vert (à Charleville-Mézières, ndlr) et l’Ecaussystème dans le Lot s’autofinancent à 90 %. Il faut ajouter ceux qui ont une partie de mécénat conséquentes. On sait aussi que les entreprises sont moins enclines à accompagner la culture dans un tel contexte économique ».

Le syndicat des musiques actuelles qui réunit 150 festivals français et indépendants encourage ses membres à tisser une chaîne de solidarité. « Nous voulons éviter le cas de force majeure. On ne peut pas dire à ses interlocuteurs : je ne te dois rien. Là, on met à mal tout un secteur. Nous invitons à trouver les voies les moins mauvaises afin que chacun retravaille ensemble l’année prochaine ». 

Ne pas être mangés par des grands groupes

L’objectif aujourd’hui est d’assurer la pérennité des festivals. « Nous ne crions pas au loup pour rien, martèle Aurélie Hannedouche. Nos projets sont inscrits dans la durée. Nous avons besoin d’un plan de relance pour redémarrer le secteur des musiques actuelles à l’automne ». La déléguée générale du SMA ne cache pas une crainte : la disparition de festivals et le rachat de quelques-uns « Nous sommes dans un secteur hyperconcurrentiel où dominent de grands acteurs, comme AEG, Vivendi, Lagardère… Dans ce contexte difficile, ils auront beau jeu d’aller racheter des festivals. Ils ont déjà commencé à le faire ».

Lundi 6 avril, le ministère de la Culture a annoncé l’ouverture d’une cellule de crise pour les festivals qui les « accompagnera au cas par cas ». Le syndicat des musiques actuelles s’interroge déjà sur son efficacité. « Françoise Nyssen (ancienne ministre de la Culture, ndlr) avait nommé un Monsieur Festival, Serge Kancel. Depuis le changement de ministre, on n’en entend plus parler. Qui va alors répondre à nos questions ? »

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