# 21 / Loïc Lachenal : « Nous espérons effectuer des expériences de concert sans public en juin »

par | 15 mai 2020 | covid-19, Dossiers

À l’Opéra de Rouen Normandie, on s’organise pour assurer le retour du personnel et proposer une programmation. Là encore, tout se fait avec prudence et selon plusieurs phases. Entretien avec le directeur, Loïc Lachenal, également président des Forces musicales.

L’opéra est une grande maison. Comment travailler dans un cadre sanitaire optimal ?

Nous sommes aussi dans une phase de déconfinement depuis le 11 mai. Néanmoins, le télétravail reste la règle qui va prédominer jusqu’au 2 juin. Le seul fait de venir au théâtre multiplie les interactions. Ce n’est pas simple parce que les médecins ne sont pas d’accord sur des positionnements. Tout va alors se faire de manière progressive pour assurer la sécurité de tous. Nous avons des bureaux individuels qui assurent une distanciation et mis en place un sens de circulation. Aujourd’hui, le théâtre est remis en état après cette longue fermeture.

Qu’est-ce qui vous guide lors des prises de décisions ?

Nous prenons des décisions tous les jours. Tout dépend où on se projette. Quand on envisage la rentrée, plusieurs scénarios doivent être écrits parce qu’il reste beaucoup d’inconnues. Septembre ou octobre, c’est encore dans longtemps à l’échelle de la traversée de la pandémie. Donc les choses peuvent changer. Il y a encore quelques semaines, on ne savait pas si la rentrée serait impactée par la crise sanitaire. Aujourd’hui, on sait qu’elle le sera. Mais dans quelle mesure ? On n’a pas la réponse.

Comment est-il possible de reprendre une activité ?

Il y a deux phases distinctes. La première est la reprise de l’activité artistique. Il faut que l’orchestre joue ensemble. La pratique orchestrale s’entretient. Dans quel cadre sera-t-elle possible ? Nous le construisons aujourd’hui. Nous espérons effectuer des expériences de concert en juin sans public. Ce cadre avec des mesures imposées va être aussi évolutif. On pourra s’adapter en aménageant les effectifs, les programmes… En revanche, pour les spectacles mis en scènes, les opéras avec un chœur en mouvement ou l’orchestre dans la fosse, ce sera problématique. En parallèle, nous ne savons pas dans quelle mesure nous serons en capacité d’accueillir le public. Faut-il laisser disponible un ou plusieurs fauteuils entre les spectateurs ? Comment gérer un entracte ? Ce sont des phases compliquées mais il faut rester positif. Je veux croire que les barrières vont être respectées et que l’on reprendra une vie de plus en plus permissive. 

Une saison d’opéra se construit une voire deux années à l’avance. Qu’envisagez-vous pour la prochaine ?

C’est une grosse interrogation. Notamment sur l’opéra de rentrée. Pour le programme symphonique, nous allons adapter les répertoires. Il y a aussi une vraie question sur la danse. Des projets se sont annulés parce que personne n’a pu créer et répéter. Le spectacle n’existe tout simplement pas. Nous allons travailler à l’aménagement des projets pour qu’ils puissent être réalisables.

“Une humiliation pour le secteur culture”

Est-ce que vous avez perçu une attente de la part du public de l’Opéra ?

Le public nous a témoigné beaucoup de sentiment et d’affection. Les rediffusions sur les réseaux sociaux ont eu du succès. Je n’ai pas de doute là-dessus , le monde a besoin d’art et de culture. Peut-être même encore plus encore aujourd’hui. Il a envie de ressortir. Nous le savons : le virus est notre ennemi. Il restreint notre liberté de nous rencontrer, de nous retrouver, d’échanger. Tout cela génère une forme d’inquiétude qui touche à des choses très intimes dans le rapport à la maladie. Comme je disais, septembre est dans longtemps. On verra comment nous aurons passé l’été.

Comment faire alors pour que venir au spectacle soit encore et toujours un plaisir ?

Nous allons déployer des trésors de communication pour que les gens sachent ce à quoi ils vont être astreints. Cela fait partie d’un climat de confiance à installer. Nous savons gérer, de mieux en mieux, réinventer les saisons.

Que pensez-vous du plan culture exposé par le président de la république ?

Il n’y a pas un plan. Deux choses sont cependant importantes. La première est la mesure prise pour les intermittents. Elle reste à prendre avec beaucoup de précaution puisque les contours sont encore flous. Il y a aussi la circulaire SMA (service des médias audiovisuels, ndlr). Par ailleurs, j’ai été choqué par l’exercice. Il a tenté de faire une synthèse d’une réunion dont on ne sait pas ce qui s’est dit. Il n’a donné pas de cap. Je suis très inquiet. Il a fait appel aux collectivités locales mais elles financent déjà le deux-tiers de la culture. Je me demande s’il aurait fait la même chose devant les représentants du MEDEF. C’est une humiliation pour le secteur culture, un exercice de communication raté. Je vais reprendre les propos de Jean-Michel Ribes : “donnez-nous des rames, nous nous chargeons de ramer. “

Vous êtes également président des Forces musicales, syndicat professionnel des opéras. Quelle sont les mesures prises ensemble ?

Il y a un travail important effectué dans les opéras. Nous rassemblons des initiatives afin que tout le monde se positionne de la même manière. Quand on travaille dans ce secteur, nous avons une activité artisanale. Et la main d’œuvre, ce sont les artistes. Il faut que nous les protégions. Un artiste n’est pas substituable à un autre artiste. Nous travaillons avec le professeur Bricaire et d’autres spécialistes. Nous comparons leurs études à celles menées en Allemagne. Nous les confrontons aux visions des médecins du travail et des artistes. Nous voulons donner un cadre national afin de donner les mêmes chances à tout le monde.

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