On se promène avec délice dans l’imaginaire de Bertrand Belin où la musique, entre pop-rock et folk, se fait sobre, discrète et douce. Il est jeudi 20 juin au Tétris au Havre.

 

photo P. Lebruman

photo P. Lebruman

Ce qui est extraordinaire avec Bertrand Belin, c’est sa manière d’emmener son auditeur hors du temps, dans des univers en suspension. Et ça fait vraiment du bien. Dans son quatrième album, Parcs, Bertrand Belin parle de la mer, des saisons, des conflits intimes, des souvenirs, de ce temps qui nous échappe avec une subtile économie de mots. Cela lui confère une plus grande classe. Comme celle que l’on admirait chez Alain Bashung. Bertrand Belin est en concert jeudi 20 juin au Tétris au Havre.

 

 Vous êtes venu à Dieppe pour écrire. Vous qui êtes Breton, vous étiez face à une autre mer.

Pour moi, c’est la même mer. J’ai ressenti les mêmes sensations à Dieppe qu’en Bretagne. Je me sens bien dans les ports, au milieu des chalutiers, des pêcheurs, du marché aux poissons.

 

Pourquoi Dieppe ?

Quand j’ai besoin de m’isoler, j’aime bien être au bord de la mer. Lors de conversations particulières autour de ce désir, il y a eu cette proposition de la part du théâtre. J’ai donc passé une semaine à Dieppe. J’étais logé dans une petite école sur le front de mer.

 

Dans cet album, vous êtes davantage économe en mots. Est-ce pour ne pas enfermer l’auditeur dans un seul sens, une seule interprétation ?

Je n’ai aucun désir d’enfermer quiconque. Ce n’est pas parce qu’il y a peu de texte, qu’il n’y a pas de sens. S’il y en a plusieurs tant mieux. J’ai cette volonté de laisser l’auditeur dans une libre interprétation de la chanson, d’un rapport singulier à l’écoute. J’aime ce rapport de complicité dans l’écriture. En fait, je remets les clés de la maison à un tiers. Je ne cherche surtout pas à les perdre.

 

Cela a toujours été important pour vous de laisser la maison ouverte.

Il y a plusieurs façons d’écrire des chansons. C’est ma façon de faire. Je n’ai pas à réfléchir là-dessus. C’est spontané. Je n’ai pas besoin d’écrire des pages et des pages.

 

Est-ce que cela vous permet d’être plus précis ?

Pas forcément. Si on regarde l’écriture de Brassens, il y a un souci de précision et un souci de narration.

 

Cette recherche de sens est également essentielle pour vous.

Comme n’importe quelle personne qui exerce une pratique avec sérieux. Je pense que tout le monde est appliqué mais pour un résultat qui reste différent. L’exigence ne procure pas les mêmes résultats. Parfois, certains feraient bien de s’abstenir.

 

Est-ce que vous pourriez vous passer de mots ?

Je ne sais pas si j’irai jusque-là. C’est une voie esthétique de recherche, un parcours qui peut être tentant. Néanmoins, j’aime écrire, j’aime chanter. Cette quête formelle peut occasionner des trouvailles, forcer à un certain désir de renouvellement. A la disparition, je préfère la raréfaction. Cela stimule l’écoute.

 

A quand des morceaux instrumentaux ?

Je l’ai fait des centaines de fois avec Les Enfants des autres, une formation composée de guitare, de clarinette, de violon, de banjo. Nous avons sorti trois albums de musique instrumentale dont j’étais le principal compositeur. Mais j’aime beaucoup parler et chanter.

 

Cette épure s’observe dans différentes disciplines artistiques. John Cage est allé jusqu’à la partition vierge.

C’est un génie. En matière de peinture, les choses s’estompent aussi. Pierre Soulages le fait très bien. En effet, chaque art explore cette épure.

 

Aimez-vous le silence ?

Pas particulièrement. J’aime le silence non pas comme valeur mais comme expérience.

 

  • Jeudi 20 juin à 20 heures au Tétris, Fort de Tourneville au Havre.
  • Tarifs : 13 €, 9 €. Réservation sur letetris.fr
  • Première partie : Elisa Jo