# 23 / Philippe Cogney : « Nous sommes dans le pessimisme de la pensée et l’optimisme de l’engagement »

par | 19 mai 2020 | covid-19, Dossiers

La saison de la scène nationale à Dieppe commencera en septembre 2020 avec les Concerts de l’impossible. Philippe Cogney, directeur DSN, présentera ensuite « une saison normale ». Explication.

Quel bilan faites-vous de la crise sanitaire à DSN ?

Depuis la mi-mars, on annule ou on reporte les spectacles, les actions culturelles, les résidences, les séances de cinéma… Pour DSN, ce sont 23 spectacles annulés, soit 40 représentations, aussi 10 résidences et 250 séances de cinéma. J’ai pu reporter quelques spectacles mais ce n’est pas évident. La saison prochaine était quasi bouclée et il faut que cela ait du sens. L’équipe est en télétravail jusqu’à la fin du mois de mai. Nous avons fait une réunion après le déconfinement dans la grande salle. C’était important puisque nous ne nous étions pas vus depuis plusieurs semaines. J’ai senti une impatience de retrouver le public, les artistes, une volonté de garder un lien fort. Nous prenons les décisions au fur et à mesure qu’arrivent les injonctions et attendons la prise de parole du Premier ministre le 2 juin. Nous sommes dans le pessimisme de la pensée et l’optimisme de l’engagement.

DSN a cette particularité d’avoir une programmation cinématographique. Quand envisagez-vous de reprendre les séances ?

Si tout continue à aller mieux, nous allons pouvoir rouvrir le cinéma. Pour cela, il faut modifier notre capacité d’accueil, poser les éléments de distanciation au sol pour les files d’attente, des vitres sur les comptoirs, une fontaine de gel… Nous prévoyons de désinfecter les fauteuils entre les séances. Ce qui prendra du temps. Il y aura vraisemblablement une séance par jour. Cet été, nous ne fermerons pas le cinéma.

Quelle saison envisagez-vous ?

J’ai prévu une saison normale. Je refuse d’aller vers des spectacles corona-compatibles. Je n’ai pas envie d’être là. La programmation comporte 50 spectacles et reste pluridisciplinaire. C’est une saison normale avec une communication trimestrielle. Si le virus rejaillit, nous pourrons être réactifs. Elle commencera avec Les Concerts de l’Impossible, du 4 au 6 septembre, que nous avons dû reporter (ils étaient prévus en mai 2020, ndlr). Nous ouvrons de manière conviviale et fédératrice avec ces concerts sous chapiteau où on peut danser. On sera dans une espèce de liberté retrouvée avant la présentation de saison le 11 septembre.

“Retrouver une incarnation, une forme de communion”

Avez-vous une idée des attentes du public de DSN ?

Nous avons effectué un gros travail et contacté tous les spectateurs adhérents et non-adhérents de DSN. Dans la grande majorité, ils n’ont pas voulu être remboursés. Il y a eu un grand mouvement de solidarité. Le public a été formidable. Après les divers contacts, un sentiment général se dégage : il y a une envie de revenir au théâtre et de partager des spectacles, mais un fort pourcentage hésite encore à se déplacer. Il y a une forme d’anxiété. Nous l’avions déjà perçu avant la période de confinement. Pour Le Menteur (de la compagnie Java Vérité programmé le 5 mars, ndlr), nous avions enregistré une annulation de 100 personnes. La fréquentation reste une grande inconnue. Nous savons que nos salles ne seront pas pleines. Nous nous attendons à des jauges réduites. Tout dépend aussi de ce que nous allons vivre les prochains mois. Si nous passons un été serein, plus nonchalant, plus insouciant, peut-être serons-nous débarrassés de cette forme d’anxiété le 1er septembre. Mais il ne faudra pas aller de période de confinement en période de déconfinement avec la mise en place de barrières plus sévères. 

Comment jouer alors ?

Se poserait alors la manière de retravailler les spectacles, de reconfigurer les espaces, de proposer des petites formes, de multiplier les lectures. Ce n’est pas inintéressant mais pas satisfaisant non plus. Nous ne pouvons pas nous inscrire sur du moyen terme. Nous avons envie de retrouver une incarnation, une forme de communion qui participe à notre activité.

Que pensez-vous du plan culture proposé par le président de la République, Emmanuel Macron ?

J’ai tout d’abord été étonné par le silence du ministre de la Culture et le fait que le président reprenne ce plan à son compte. Dans la forme, il n’a pas été très convaincant. C’était un peu un fouillis. Les artistes à l’école ? Cela fait des années qu’ils y sont. J’ai alors des gros doutes sur ce plan. Aujourd’hui, il faut de l’effervescence, de la création. Il faut encourager les auteurs et les autrices. Il faut que les artistes jouent les formes qu’ils ont choisies de jouer. Et nous ferons tout pour que leur création soit vue. Comment ? En ne délaissant personne et en injectant de nouveaux projets.

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