photo La Part de l'ombre

photo La Part de l’ombre

Il y a eu un livre, un film. Voilà la pièce de théâtre. Frédéric Cherboeuf et Vincent Berger, deux anciens élèves du conservatoire de Rouen, ont écrit une adaptation de L’Adversaire, un ouvrage dans lequel Emmanuel Carrère revient sur l’affaire Romand. L’Adversaire est présenté par la compagnie La Part de l’ombre vendredi 19 février au centre Voltaire à Déville-lès-Rouen.

 

Un fait divers. En janvier 1993, l’affaire Romand défraie la chronique. Depuis 18 ans, Jean-Claude Romand se fait passer pour un médecin et chercheur à l’Organisation mondiale de la santé à Genève. Toute sa famille le croit. Ses amis, sa maîtresse aussi. Or, toute cette existence repose sur un vaste mensonge. Un jour, des fissures apparaissent dans cette construction trop belle. La vérité rattrape Jean-Claude Romand. Impossible pour cet homme de dévoiler la supercherie. Il préfère tuer sa famille : sa femme, ses enfants, ses parents. Sa maîtresse échappe au massacre. Ce sont les enquêteurs qui vont reconstituer le fil de l’existence d’un homme sur lequel l’étau du mensonge se resserre fortement.

 

Un personnage de théâtre. C’est une histoire incroyable. Comment un homme a-t-il pu vivre dans un tel mensonge et tromper autant de personnes ? Jean-Claude Romand est « un vrai personnage de théâtre. Le mensonge, la séduction… tout cela est très théâtral. Parce que cela conduit à la folie. Il a séduit et été un très bon improvisateur. Jamais, il n’a eu de texte écrit à l’avance. Il devait improviser chaque jour. On dit qu’il suait beaucoup. Il a en fait été comme un acteur qui tremble avant de monter sur scène », commente Frédéric Cherboeuf, comédien et metteur en scène. Une histoire d’autant plus incroyable que Jean-Claude Romand, très bon élève, a dû disserter sur « La vérité existe-t-elle ? » à l’épreuve du bac de philo – il a eu 16/20 – et suivi de brillantes études de médecine. Jusqu’au jour où il décide de ne pas se rendre aux examens à la fin de la troisième année.

 

Une écriture. Dans L’Adversaire, une pièce présentée vendredi 19 février au centre Voltaire à Déville-lès-Rouen, Frédéric Cherboeuf et Vincent Berger se sont concentrés sur l’écriture d’Emmanuel Carrère. « Cela a été une longue marche pour extraire une adaptation personnelle. Elle est à la fois fidèle et libre ». Fidèle parce que le texte de la pièce reprend les mots de l’auteur et libre parce que Frédéric Cherboeuf et Vincent Berger effectuent un montage pour questionner le phénomène de l’imposture, la fascination pour cet homme. « Fasciner ne veut pas dire cautionner. Carrère est troublé. On l’a accusé de compassion. Notre grande difficulté a été de ne pas tomber dans cette compassion. Cette pièce est aussi le procès de notre propre compassion, une quête de l’objectivité ». En prison, Jean-Claude Romand se convertit au christianisme et entre dans un cercle de prieurs. « Est-ce que ce n’est pas sa plus grande imposture ? Carrère s’interroge sur le pardon, la réhabilitation ».

 

Comme un polar. L’Adversaire est une plongée dans un mystère. Emmanuel Carrère, interprété par Vincent Berger, en est le fil rouge. « Il va faire naître un ballet des ombres, des personnages du récit ». Comme dans un polar où le silence tient une place importante, le puzzle de cette supercherie, de cette tragédie va se dessiner pièce par pièce.

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  • Vendredi 19 février à 20 heures au centre culturel Voltaire à Déville-lès-Rouen. Tarifs : de 16 à 11 €. Réservation au 02 35 68 48 91 ou sur www.dullin-voltaire.com