# 27 / Loïc Bonnet : « il y a une unité des théâtres privés en région »

par | 27 mai 2020 | covid-19, Dossiers

Loïc Bonnet, fondateur et directeur du théâtre À L’Ouest à Rouen, dédié à l’humour, préside également la toute nouvelle association de Théâtres privés en région qui compte 79 membres. Ces indépendants qui attendent l’autorisation d’ouvrir leurs lieux en appellent à l’État pour pouvoir poursuivre leur activité.

Quel lien entre la création de l’association Théâtre privés en région et la crise sanitaire ?

Un mois avant le confinement, nous étions 14 théâtres en région à nous rencontrer à Paris avec le souhait de nous réunir. Nous avons deux objectifs : tout d’abord nous faire entendre auprès des autorités parce que nous ne sommes pas bien représentés. Nous sommes chacun dans nos lieux et n’avons pas une voix entendante. Il y a aussi la volonté de nous entraider. Des personnes se lancent dans l’ouverture de théâtre alors qu’elles viennent d’un autre secteur. Il est important de se former les uns les autres. Nous pouvons être enfin une même voix auprès des producteurs pour dealer les mêmes conditions financières et organiser des tournées. Aujourd’hui, c’est un peu à la tête du client.

La pandémie a accéléré ce rapprochement.

Nous pouvons retenir une chose de ce moment : il y a une unité des théâtres privés en région. Nous sommes des chefs d’entreprise, des indépendants qui doivent vendre des places. Nous ne touchons aucune subvention. Depuis deux mois et demi, nous n’avons aucune rentrée d’argent. Nos théâtres ont des fonds de trésorerie plus ou moins importants. Nous, théâtres privés, sommes comme les restaurants avec des frais fixes, des loyers à payer, des salariés en chômage partiel. Et le salaire du dirigeant n’est pas pris en compte.

Parmi vos 79 adhérents, combien sont-ils en danger ?

Aujourd’hui, une quinzaine sont en danger de faillite. Dans le théâtre privé, il y a trois catégories. Ceux, propriétaires de leurs locaux, montés en SCI, qui louent à des sociétés d’exploitation. D’autres sont installés dans des théâtres qui sont la propriété des collectivités locales et bénéficient d’un gel des loyers. Les troisièmes sont dans des locaux qui appartiennent à des privés et eux veulent leur loyer parce qu’ils vivent avec cette rentrée d’argent. Un fonds d’urgence devrait nous être accessible et nous souhaiterions faire partie du comité afin de peser dans les décisions. L’argent doit aller tout de suite vers ceux qui sont menacés de faillite.

“Nous avons une carte à jouer”

Quelles sont vos attentes de la part des autorités publiques ?

Nous attendons de l’argent. Nous n’avons pas reçu un centime de la part du ministère. Aujourd’hui, nous remplissons des dossiers mais nous aurons l’argent seulement à la mi-juin. Cela couvre une période de la mi-mars au 31 mai. Et après, comment fait-on ? Nous attendons des choses concrètes sur le plan de la reprise. Est-ce que le chômage partiel sera prolongé ? Pourrons-nous avoir une annulation de charges jusqu’à la fin de l’année ? Et une aide à la communication ?

Vous souhaitez une ouverture rapide des théâtres. Comment est-ce possible ?

Nous pouvons avoir des jauges entre 100 et 200 places. Dans nos lieux, le public peut garder le masque. Il se tourne le dos et ne se parle pas pendant le spectacle. Pourquoi le théâtre serait plus dangereux ? Je n’ai pas la réponse. Pourtant, des solutions, on en a plein. Dans nos lieux, nous avons beaucoup de one-man-shows et on peut demander aux artistes de jouer une heure au lieu d’une heure et demie. Il va falloir faire confiance aux gens.

Quelle sera votre prochaine saison ?

Depuis la mi-mars, je ne fais qu’annuler des dates. Je n’ai pas annulé celles de juin. J’en ai beaucoup reportées en septembre. S’il est possible, je vais ouvrir le théâtre pendant tout l’été, aussi les lundi et mardi. Nous, théâtres en région, avons une carte à jouer afin que tout redémarre et que les artistes puissent jouer. Avant qu’ils puissent se produire dans les grandes salles, il faudra du temps. Ils n’auront pas d’autres choix que de venir chez nous. Jusqu’à fin décembre, j’ai des semaines bien remplies avec des grands noms de l’humour.

Et le public sera là ?

J’ai peu d’inquiétude sur le fait que les gens aient envie de revenir. Nous avons tous besoin de penser à autre chose. La reprise ne va pas être compliquée. Nous ne dépendons de personne. Le théâtre, c’est du plaisir immédiat, de l’instantané. Comme les restaurants. Je ne vois pas vraiment une deuxième vague même si apparaissent quelques clusters. Je pense que l’on peut être confiant.

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