# 37 / Xavier Feugray : « Il va falloir du sang et de la sueur pour pouvoir continuer à créer »

par | 4 novembre 2020 | covid-19, Vie culturelle

La poésie est le point d’intersection de ses différentes créations artistiques. Xavier Feugray est Foray, son projet musical, mené tout d’abord en solo avant de le transformer en trio avec Thierry Minot et Ludwig Brosch. Grand Turn Over, le premier album, oscille entre pop-folk et electro et révèle des ambiances intimistes et envoûtantes. L’écriture de Xavier Feugray ne prend pas seulement la forme de chansons. Il y a aussi des histoires de personnages avec des vies parallèles chaotiques. Sans oublier le dessin et la peinture de la série Learn to draw. Comment garder un secret ?, un geste artistique présenté lors du 55 pendant l’été 2020, lui a permis de réunir ces différentes écritures. Ce deuxième confinement est pour l’artiste rouennais un temps de travail sur le deuxième album et de réflexion à divers projets. Entretien.

Comment avez-vous vécu ce premier confinement ?

Je ne l’ai pas super bien vécu. Nous étions tous à la maison et les enfants demandaient beaucoup d’attention. Je n’ai pas pu beaucoup travailler. Comme beaucoup, au début, j’ai rangé, fait toutes ces choses que l’on n’a jamais le temps de faire. Puis, j’ai commencé à écrire, comme cela, à la sauvette. Des bribes de chansons que j’ai ensuite jetées. Pour les artistes, c’était difficile parce qu’il n’y a pas eu de stimulations. J’ai regardé peu de films. J’ai peu lu. En fait, j’étais dans l’attente. L’été allait arriver. Le virus allait disparaître. Cette fois-ci, la situation n’est pas la même. Nous entrons dans l’hiver. Nous nous enfermons chez nous. Les conditions sont différentes : tu bosses et tu fermes ta gueule. Fin 2020, je pense que la consommation d’anxiolytiques va battre des records.

Qu’est-ce qui vous traverse l’esprit aujourd’hui ?

Nous savons désormais que le virus est là pour un bon moment et impacte tout le monde. En tant que musicien, je sais que l’avenir ne sera pas joyeux. Aujourd’hui, il faut se donner des armes, se mettre dans une dynamique de travail. Il faut commencer à réfléchir à la manière dont il est possible de rebondir parce que nous ne pourrons pas exercer notre métier comme avant la crise sanitaire.

Comment envisagez-vous votre métier ?

Avec Ludwig et Thierry, nous étions dans une vraie dynamique. Là, nous travaillons chacun de notre côté et partageons une Dropbox. Envisager ce métier, c’est aussi la façon de partager les chansons. Faut-il sortir un album ? Nous sommes déjà dans un univers d’images. Nous sommes obligés de tourner un clip pour qu’un titre existe. Il faut que ce soit impactant qu’il soit écouté. Cela va alors passer par le travail de l’image. Il faudra peut-être faire des images, plus que de la musique.

” Je suis toujours en train de questionner mon écriture “

Comment cela peut-il avoir des répercussions sur votre manière d’écrire ?

Cela peut être un point de départ. Il est possible de travailler un texte à partir d’images, puis une image à partir d’autres images, ou une image dans l’image… Je suis toujours en train de questionner mon écriture. Pour le deuxième album, je m’interroge sur ma manière d’écrire autant le texte que la musique. J’ai trouvé quelques pistes.

Comment est-il possible de garder le lien avec le public ?

À nouveau, le public ne peut plus venir dans les salles. Je suis un peu saoulé des réseaux sociaux. Or le stream n’est pas très rémunérateur. S’impose alors de nouvelles manières d’avoir un contact direct avec le public. Cette crise va en laisser plus d’un sur le carreau. Nous ne voyons pas encore les répercussions. Celles-ci viendront plus tard.

Faudra-t-il encore davantage d’énergie et de ténacité pour créer ?

Il va falloir du sang et de la sueur pour pouvoir continuer à créer, être plus solidaires. Peut-être les artistes devraient-ils construire des ponts entre leur art ?

Comme a pu le proposer le 55 ?

Le 55 en a été un très bon exemple. Il a montré que des artistes, issus de disciplines différentes, ont pu travailler ensemble et proposer des choses qui donnaient envie. Il a montré aussi que le public a besoin de voir des spectacles et est prêt à participer à l’effort.

” Ce gouvernement, c’est le bal des vampires “

Que retenez-vous de vos expériences pendant le 55 ?

J’avais une idée en tant que meneur qui mêle texte, musique et dessin. J’ai confié le texte à deux comédiennes (Amélie Chalmey et Valérie Diome, ndlr), la musique à un musicien (Loya, ndlr). J’étais eu milieu d’eux en train de peindre. Cette idée a fait son chemin et me donne envie d’écrire un spectacle. Cette expérience m’a remué. Grâce à Yann Dacosta, j’ai rencontré une musicienne (Anne-Laure Labaste, ndlr) avec qui j’ai envie de travailler. Et Fabien Malcourant m’a proposé de faire partie de sa création sur un texte de David Coulon. Je sors de deux résidences à Fécamp et Grand-Couronne. Je n’avais jamais fait de théâtre. C’est maintenant un milieu qui m’attire beaucoup. Toutes ces propositions m’ont donné des armes pour aller vers autre chose.

Est-ce que votre échelle du temps s’est modifié avec les confinements ?

Non, pas cette fois-ci parce que les enfants vont à l’école. Je suis en train d’installer un rythme de travail.

Les informations se bousculent. Est-ce qu’elles accaparent votre temps ?

J’écoute les infos et je vois bien le côté communication. Tout est super orienté. Quand je décortique les images, j’impression de ne pas avoir les bonnes informations que l’on ne se pose pas les bonnes questions. On voit toujours les mêmes spécialistes. Je garde mes distances. Ce gouvernement, c’est le bal des vampires. Je suis en fait très en colère.

Comme le fait de ne pas appartenir à un secteur essentiel.

Nous voyons bien les priorités de ce gouvernement. C’est assez affolant. C’est fou parce que cela devient presque normal. Cela ne pose pas plus de questions. Pourquoi une librairie serait davantage un lieu plus contaminant ? À moins que les libraires soient des personnes hors sol… Cela crée de l’incompréhension qui fait naître ensuite de la colère et de l’injustice. Comment avoir une lucarne d’éclaircissement entre le virus et les attentats ? Est-ce que justement la culture ne fait défaut aujourd’hui ?

Pour en savoir plus sur le projet 55

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