# 41 / Julien Hugonnart-Bert : « Cette période nous met un coup de pied aux fesses pour trouver des solutions alternatives »

par | 17 novembre 2020 | covid-19, Vie culturelle

Julien Hugonnart-Bert est un passionné de comics américains. Il était évident qu’il commence à dessiner les super héros de ces histoires fantastiques. Il a mis tout son talent d’encreur dans les séries telles que Star Wars, Injustice… Depuis plusieurs années, il développe plusieurs projets personnels dont l’écriture de sa première bande dessinée, Appolo and the Shades. Il porte un regard lucide sur le monde du livre. Entretien.

Comment traversez-vous ces confinements ?

Je n’ai pas à me plaindre. Depuis plusieurs années, je suis en marge des circuits parce que je ne travaille pas toujours avec les éditeurs. Je donne également des cours dans une école d’animation parisienne. Après une campagne de financement participatif pour un ouvrage, je suis en train de réaliser les contreparties. Ce qui change, ce sont les interventions dans les écoles qui sont reportées, les salons qui sont annulés. Et l’automne est la période des salons. C’est un peu frustrant. Il y a une espèce de manque de la part des festivaliers.

Comment est-il alors possible de garder un lien ?

Pendant cette période, j’essaie de réfléchir différemment. Pourquoi ne pas envisager des salons avec des tables virtuelles ? Je peux garder un lien avec une webcam. Une plateforme peut devenir une sorte de hall virtuel et on se déplace de table en table. Ce qui permet de ne pas casser ce lien. Une fois cette période terminée, en 2035 ou 2060, je pense que l’on pourra garder une part de virtuel. C’est ce que j’aime quand je participe à un salon. Rencontrer les gens que je connais via les réseaux sociaux ! Il est important de recréer cet espace de dialogue, même avec plus de deux personnes. Tout en sachant les moyens que nous possédons aujourd’hui ne sont pas parfaits.

Quels sentiments vous animent ?

Cela dépend des jours. Il m’arrive d’être abattu, comme tout le monde. J’appartiens à un secteur qui est en crise. Il y a de moins en moins de lecteurs, environ quelques dizaines de milliers. Or il sort 50 000 bandes dessinées par an. On estime que le panier moyen du lecteur s’élève à 15 € par mois. Il faudrait qu’il atteigne 60 € par mois. L’édition de la bande dessinée vit en effet une crise majeure. Comme le secteur du livre qui va assez mal. Il y a eu un rebond après le premier confinement. Les gens sont retournés dans leurs librairies. En France, ce monde du livre est basé sur un maillage territorial de librairies. Il faut le garantir.

Qui pourra ressortir gagnant ?

Les grands gagnants seront les GAFAM. Comme dans le secteur musical, nous sommes en train de faire notre mue. Nous sommes obligés de la faire, à cause d’Internet et du piratage. Il faut trouver des moyens pour palier cette baisse des ventes. Cette période nous met un coup de pied aux fesses pour trouver des solutions alternatives.

” Je ressens beaucoup d’inquiétude “

Que ressent le citoyen que vous êtes ?

Je ressens beaucoup d’inquiétude. Nous vivons une crise sanitaire, plus une crise du capitalisme. Si on avait octroyé plus de moyens à l’hôpital, nous ne serions pas confinés pour éviter d’engorger les urgences. De plus, nous apprenons qu’il faudra payer un forfait de 18€ pour aller dans ces urgences. Les problèmes sont pris dans le mauvais sens et cela me fait peur. J’ai beaucoup suivi la campagne électorale aux États-Unis. Joe Biden a gagné de façon assez claire. Ce sera sans appel pour Trump qui n’a pas démérité puisqu’il a recueilli plus 70 millions de voix. Biden apparaît comme le contrepied, l’antithèse de Trump. Il a une position de grand-père, de sage. Il a de l’éthique face à ce clown violent et raciste. Qui peut avoir cette position de sage en France ?

Que pensez-vous de ce cloisonnement entre les activités essentielles et non-essentielles ?

Je suis très partagé. Aujourd’hui, si je veux un livre ou un disque, je peux l’avoir. Il y a le Click and collect. Je ne suis pas pour l’ouverture des librairies. Si on fait une exception pour les libraires — et ils sont importants — on peut dire que les chausseurs galèrent à cause de Zalando. Alors, on ouvre les chausseurs. On va trouver des exceptions partout. Il n’y a plus alors de confinement qui doit endiguer cette deuxième vague.  Je reste très ambivalent et j’ai conscience que je dis cela avant la période de Noël. Le fait d’avoir évoqué des biens essentiels et non-essentiels est une grossière erreur. On va pouvoir trouver beaucoup de contre-exemples. Est-ce qu’un paquet de Curly est essentiel ? Est-il plus essentiel qu’un livre ? Pour le spectacle vivant et le cinéma, la problématique est différente. Il n’y a pas d’alternative et cela me manque. Pourtant, je n’ai entendu parler de clusters dans ces lieux. Moi qui suis Avignonnais, j’ai été privé du festival. Celui-ci n’a pas eu lieu pour éviter une deuxième vague. Or la deuxième vague est là quand même. Je suis très inquiet pour le spectacle vivant. Plus longtemps ces endroits vont être fermés, plus on va peut-être déshabituer les gens à y aller. C’est là que j’aurais mis des exceptions.

Cette période chaotique freine-t-elle la création ?

Je suis dans un cas particulier : mon studio est dans notre appartement, qui est tout ouvert. Pendant le premier confinement, nous étions avec notre fille de 4 ans qui demandait une présence. Nous avons été dans la garde d’enfant. C’était très difficile. J’expédiais le plus urgent et je travaillais la nuit. Cela n’a pas été propice à la création. Là, c’est différent. Je crée beaucoup plus.

Que raconte votre première bande dessinée sur laquelle vous travaillez ?

C’est un projet que j’ai commencé en 2013. Elle avance doucement parce que j’ai décidé de faire absolument tout, du scénario à la couleur. J’expérimente. C’est un vrai challenge. L’histoire se déroule dans les années 1970 à New York dans une salle de concerts où il y a des meurtres.

  • photo : Julien Hugonnart-Bert © Foly Photography

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