# 43 / Louise Emö : « nous devons maintenir cette croyance dans le théâtre »

par | 19 novembre 2020 | covid-19, Vie culturelle

Louise Emö est autrice, metteuse en scène, comédienne, slameuse. Elle jongle avec l’art de la parole avec talent. Pas étonnant qu’elle ait baptisé sa compagnie, la PAC, la ParoleAuCentre. La caractéristique de ses écrits ? L’énergie ! Comme dans Simon et la méduse et le continent qui n’a pu être présenté au festival d’Avignon pendant l’été 2020. Entretien avec une jeune artiste qui a une multitude d’idées en tête.

Comment vivez-vous ce deuxième confinement ?

Je ne le vis de la même manière. Pendant le premier confinement, ce fut horrible. Je n’étais vraiment pas bien. J’étais dans une attitude stoïque. Je suis restée toute seule dans mon appartement. Puis, il y a eu l’annulation du festival d’Avignon où nous devions jouer. Cette fois, je n’ai pas eu la même appréhension. Je continue à me lever tôt, à avoir des journées actives pour avoir des bulles de temps agréables. Je réfléchis pas mal. Le temps est structuré par la mobilité et la perspective de sortie. Nous avons maintenu les ateliers au conservatoire et à la fac à Nantes. La compagnie est associée au TU (théâtre universitaire, ndlr) pour un laboratoire de recherche. Cette période nous met dans une bonne position pour écouter nos interlocuteurs, comprendre les enjeux des lieux, nous décentrer de nos propres problématiques, co-construire… Nous ne savons toujours pas combien de temps cela va encore durer. Les spectacles sont annulées mais nous pouvons néanmoins jouer devant les professionnels. Ce sont quand même des personnes. Je suis dans toutes ces réflexions.

Et le public ?

J’ai toujours aimé le travail de recherche et de transmission. Il m’est revenu cette envie de fonder l’école de la PAC pour les professionnels et les amateurs. Elle pourrait tout d’abord se trouver dans les lieux associés. Il n’y a rien de révolutionnaire dans tout cela. Je pense à Chéreau, à Jean-Pierre Vincent qui vient de disparaître. Avec eux, c’était l’âge d’or. Nous devons prendre le relais, maintenir cette croyance dans le théâtre, d’endosser véritablement ce rôle de l’artiste dans la cité.

” On sacrifie quelque chose “

Comment est-il possible de raviver cette croyance ?

La vie ne peut pas continuer comme cela. Nous ne pouvons pas nous contenter du minimum pour survivre. Le théâtre est nécessaire et permet cela : être ensemble dans un lieu pour partager. Il y a aussi quelque chose de cathartique dans cela parce que nous pouvons nous moquer de nous-mêmes. À la rentrée, j’ai vu l’impact auprès des gens. Le théâtre a des effets d’infusion. Nous recevons d’ailleurs des témoignages de personnes inquiètes ou en manque. Pour les artistes, le théâtre est comme une sorte de solution mystique, intangible. À côté de cela, il y a aussi le plaisir de se retrouver, de porter un objet esthétique qui a pour vocation à être présenté devant un public. Nous continuons alors à travailler. Mais nous ne pouvons pas continuer comme cela. On sacrifie quelque chose. On ne sait pas quoi au final. Je perçois une forme de combativité plus forte aujourd’hui que pendant le premier confinement.

Est-ce facile de se concentrer pour travailler ?

Tant que nous pouvons faire, faisons-le. Je suis consciente que ce temps doit être provisoire. Nous ne pouvons pas continuer de cette façon pendant toute la saison. Cela ne me paraît pas possible. Nous travaillons alors sur des projets de la compagnie, sur celui de l’école qui est au long cours.

Comment imaginez-vous cette école ?

Le projet n’est pas encore écrit. Pour l’instant, je la vois comme un studio ouvert ou une cantine mobile, installé dans des lieux partenaires pour travailler sur un dictionnaire collectif. Je souhaiterais y créer comme une grande famille interdisciplinaire qui se retrouve dans la compagnie. Quand on y entre, on y reste. C’est un peu du rêve.

Quelle place tient l’information dans vos journées ?

Je m’informe pas mal. J’aime bien écouter la radio, les chroniques politiques. Je lis beaucoup et je regarde des films liés à des problématiques personnelles. Ce qui permet d’être en entretien avec la fiction. En ce moment, je pense qu’il vaut mieux être au courant pour mieux agir, prendre la température de la société et ne pas perdre contact avec l’importance des choses. Nous ne pouvons pas être dans le déni, ni dans la colère. 

Comment avez-vous réagi face aux silences du gouvernement sur la culture ?

Cela dépend des moments. Je ne le prends pas personnellement. Aujourd’hui, nous pouvons continuer à fonctionner, certes sans pouvoir aller au théâtre ou au cinéma. Pendant le premier confinement, j’étais inquiète après les prises de parole. Il y avait de la négligence et je me sentais perdue. J’espère que Roselyne Bachelot (ministre de la Culture, ndlr) va retrouver sa voix. Il faut cependant rester modeste. Aller au théâtre n’est pas une nécessité pour la majorité des gens. Décentrons-nous un peu et cultivons une sorte de discrétion. Mais je reste écœurée par ce que nous vivons.

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