80 collégiennes et collégiens créent leur Antigone

par | 9 juin 2021 | Théâtre

D’un côté, quatre artistes professionnels. De l’autre, 80 collégiennes et collégiens. Depuis le début de cette année scolaire, tous se retrouvent pour créer Et voilà que mes cheveux se dressent quand j’entends les menaces de tous ces hommes hurlants. C’est du 10 au 12 juin au parc Grammont avec le CDN de Normandie Rouen.

Anthony Poupard n’aime pas les demi-mesures. « S’il faut se jeter dans le bain, autant se jeter dans le grand bain très vite. Il faut que ce soit dans le lourd, le gros, le radical… Cela pousse tout le monde dans ses retranchements ». Ce sera donc la tragédie grecque. Pour son nouveau projet qui mêle artistes professionnels et amateurs, le comédien et metteur en scène a choisi Antigone de Sophocle et Sept contre Thèbes d’Eschyle. « La tragédie grecque offre une dramaturgie qui me plaît. Il y a des enjeux extrêmes, des situations éminemment théâtrales ».

Et voilà que mes cheveux se dressent quand j’entends les menaces de tous ces hommes hurlants est une adaptation de ces deux textes classiques. « Cela fait un bout de temps que nous tournons autour d’Antigone. Il était temps de nous y atteler. Avec ces deux histoires, nous avons écrit la nôtre tout en restant fidèles à ces pièces et à l’esprit de ces tragédies », remarque Anthony Poupard.

Comme une première fois

C’est surtout une aventure artistique collective. Le comédien et metteur en scène la mène avec la danseuse et chorégraphe, Aurélie Mouilharde, le comédien, Julien Chavrial, le musicien Laurent Sassi et 80 jeunes du collège Camille-Claudel à Rouen. « Les collégiens sont des jeunes qui ne trichent pas, qui sont dans un entre-deux bordélique. Nous avons travaillé dans l’état d’esprit dans lequel ils sont ». Notamment pendant les sessions d’écriture. « Ils ont l’âge de la plupart des personnages dans lesquels ils peuvent se retrouver ». Eux aussi traversent des tragédies, comme cette crise sanitaire ou le réchauffement climatique. 

Avant cela, il a fallu convaincre. Anthony Poupard n’a pas souhaité travailler uniquement avec des élèves volontaires. « C’est ennuyant. Même s’ils estiment au départ que les rôles tragiques ne sont pas faits pour eux, qu’ils ont peur ou que ces histoires sont poussiéreuses, c’est plus intéressant pour nous et pour eux ». Pour les convaincre, le metteur en scène a lancé une « opération séduction. Nous les avons rencontrés en tant qu’êtres humains. Nous sommes avec eux. Dans ce travail, nous envoyons la balle et ils vont la rattraper pour nous la renvoyer. Nous sommes tous ensemble et ils sont les héroïnes et les héros de notre projet. Il n’y a pas de complaisance mais de la valorisation. Je ne leur demande pas d’être juste mais vrai. Et chez eux, c’est instinctif ». 

Ces 80 collégiennes et collégiens jouent dans le parc Grammont à Rouen trois représentations de Et voilà que mes cheveux se dressent quand j’entends les menaces de tous ces hommes hurlants. Ils sont impliqués dans la réussite de ce projet théâtral. Les uns, avec force, les autres, en étant plus tête en l’air. Cependant, ils portent cette Antigone, jeune femme rebelle, comme si c’était toujours la première fois.

Infos pratiques

  • Jeudi 10, vendredi 11 et samedi 12 juin à 18 heures au parc Grammont à Rouen
  • Spectacle gratuit et tout public à partir de 12 ans
  • Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Photo : CDN Normandie Rouen

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