Jeune Noir à l’épée, c’est tout d’abord une peinture de Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898). C’est aussi un long poème écrit par Abd Al Malik, avec neuf nouveaux titres et une création partagée avec le chorégraphe Salia Sanou. Le personnage de la toile, inscrit dans un XIXe siècle colonial, devient ainsi un homme d’aujourd’hui, tout juste sorti de prison, pour retrouver la banlieue qui l’a vu grandir. Il est révolté, à la recherche d’une identité bâtie sur des racines africaines et françaises. Le poète et rappeur présente Jeune Noir à l’épée, un spectacle qui mêle mots, musique et danse jeudi 16 janvier à l’Hôtel de ville au Havre pour l’ouverture du festival Le Goût des autres et vendredi 24 janvier au théâtre Charles-Dullin à Grand-Quevilly avec L’Étincelle. Entretien avec Abd Al Malik.

Le point de départ du livre et du spectacle est le tableau de Puvis de Chavannes. Vous y ajoutez les mots de Baudelaire, de Glissant… Comment les arts ont nourri votre travail au fil du temps ?

C’est l’aboutissement d’un dialogue. Ma démarche reste la même : comment prendre tous ces outils pour les mettre en écho avec les problématiques de l’époque. À chaque fois, il faut trouver le bon angle pour raconter le monde, créer un spectacle vivant avec lequel il est possible de partager. Dans ce projet, le texte, la chanson sont entrés en dialogue. Avec Salia Sanou, j’ai travaillé le langage du corps.

Vous en parlez souvent. Est-ce avant tout la poésie qui se dégage de tous ces arts ?

Les différentes disciplines artistiques ne sont que des médiums. Et ce n’est pas tant les outils qui sont importants mais, en effet, la poésie que l’on met à l’intérieur. C’est de l’ineffable, une métaphore de la vie, de ce qui est essentiel. Quand je suis en littérature, il y a de la poésie. C’est la même chose pour le cinéma, la danse…

Est-ce que cela doit passer par les mots obligatoirement ?

Les mots sont les mots. La danse, c’est d’autres mots. On exprime des sentiments avec un autre langage.

On connaît notamment Salia Sanou pour sa création, Clameur des arènes, une création sur les valeurs de la liberté. Est-ce que créer reste pour vous un acte de résistance ?

Toujours ! La création est un acte de résistance. D’abord face à la mort. Quand on crée, on existe. Tous les artistes sont de grands résistants. C’est aussi un acte de résistance face à la bêtise, l’ignorance…

Le tableau de Puvis de Chavannes, Jeune Noir à l’épée, a été un coup de cœur, un coup de foudre ou un coup de poing ?

Il a été tout cela à la fois. Pour moi, ce tableau a été une vitrine, un miroir. Il y a le corps de ce jeune homme avec une tête d’enfant, tenant une épée. C’est un peu le chaos derrière lui. Il est assis sur un drap bleu, porte une sorte de bonnet rouge. Entre, il y a sa peau cuivrée où se reflète la lumière. C’est une sorte de bonne phrygien. Cette image dégage plein de choses symboliques. Ce jeune homme, c’est moi. Ce tableau me raconte. J’ai voulu parler d’aujourd’hui et de maintenant.

Aujourd’hui avec des points qui s’entrechoquent, comment les continents, les religions…

Tout cela constitue l’humanité. Tout ce qui nous interroge, toutes ces problématiques actuelles s’entrechoquent en moi. C’est ce qui a inspiré ce long poème sur l’identité. La question reste : comment travaille-t-on à faire peuple ? Comment célébrer nos singularités qui font partie d’un tout ?

Quel regard portez-vous sur la manière dont est abordée aujourd’hui cette question de l’identité ?

En tant qu’artiste, je réfléchis à la notion de récit national. Il faut tenir compte de tous les soubresauts du monde. Camus, Césaire sont à cet endroit. Il faut célébrer le tout et l’universel.

Infos pratiques

  • Jeudi 16 janvier à 20 heures au théâtre de l’Hôtel de ville au Havre. Entrée libre.
  • Vendredi 24 janvier à 20 heures au théâtre Charles-Dullin à Grand-Quevilly. Tarifs : de 32 à 23 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 98 45 05, sur www.letincelle-rouen.fr ou au 02 35 68 48 91 ou sur www.dullin-voltaire.com