C’est un parcours dans les méandres de sa mémoire. Dans Inquiétude, Edward Aleman, acrobate colombien de la compagnie El Nucleo et artiste associé au CDN de Normandie Rouen, partage ses souvenirs. Tout passe par le corps et par les mots. A voir mardi 25 et mercredi 26 avril au Rexy à Mont-Saint-Aignan.

 

Avec la compagnie El Nucleo, on déroule un fil. Chaque spectacle est une photographie de ce duo complice et talentueux. Edward Aleman et Wilmer Marquez, acrobates colombiens, partagent en effet des étapes d’un parcours singulier, déjà riche et remarquable.  Quien Soy ? (Qui suis-je ?), leur premier spectacle, raconte la traversée de la Colombie jusqu’en France. Dans Somos (Nous Sommes), les deux artistes fêtent avec « leurs petits frères » leur quinze années de travail et de création. Suite logique pour Edward Aleman : un solo, Inquiétude, qu’il présente mardi 25 et mercredi 26 avril au Rexy à Mont-Saint-Aignan. « J’avais besoin de me retrouver seul sur un plateau. C’est une expérience à la fois belle et passionnante« .

Un solo pour revenir aux racines, plonger dans des souvenirs joyeux et douloureux. Pour écrire Inquiétude, Edward Aleman est reparti en Colombie, à Mompox, son village, situé dans le nord du pays, qu’il a quitté à l’âge de 11 ans. « Je n’y étais jamais revenu« . L’acrobate y a vécu pendant six années. « Ce fut court mais intense. Après le décès de ma mère, je vais vivre avec mon père à Mompox. Là, je découvre que j’ai deux soeurs et un frère. Ce fut un grand chamboulement total pour moi« . Dix-huit ans après son départ, Edward Aleman retourne dans ce village qui « a changé mais tant que cela. Ce fut un étonnement. Le centre ville est magnifique. C’était un port important pour les échanges entre l’Amérique du Sud et l’Europe. Or, des sédiments s’y sont accumulés et les bateaux sont partis amarrer ailleurs. Mompox a ensuite été oublié. Il a connu la richesse puis la pauvreté« .

Hyperactivité

Edward Aleman n’a pas seulement fait du tourisme. Revenir à Mompox, c’était aussi marcher sur des traces indélébiles. « J’en ai pris plein la tête et plein les yeux. J’étais à la recherche de souvenirs« . Des souvenirs qu’il a partagés avec Wilmer Marquez, l’auteur Ronan Cheneau et la metteure en scène Sophie Colleu. Inquiétude est une création collective pour évoquer l’intime. Sur scène, c’est le corps qui parle. Un corps d’athlète, toujours plein d’énergie. Logique alors que l’acrobate ait intitulé son spectacle Inquiétude qui signifie hyperactivité en espagnol. « L’inquiétude, c’est l’agitation, le trouble. Petit, on disait de moi que j’étais un enfant inquiet« .

Pour la première fois, Edward Aleman ajoute à ses créations les mots. Ceux de Ronan Cheneau. Comme pour My Brazza de Florent Mahoukou. « Je prête une manière d’écrire à un théâtre, à une histoire dans laquelle s’introduit le mouvement chorégraphique et acrobatique« , indique l’auteur. « Tout son parcours, professionnel et personnel, est étonnant. Comme le fait de s’expatrier pour vivre son art, de trouver ses marques. En Colombie, nous avons découvert les fondements de tout cela« .

Dans Inquiétude, Edward Aleman recherche l’équilibre. Il ne le fait pas vraiment seul, mais avec avec un partenaire. Un objet qui a toujours fait partie de son quotidien. Dans sa maison, il y avait un rocking chair, un savoir-faire traditionnel dans son village. « On avait tous ces fauteuils. On jouait dessus et on nous disait que ce n’était pas bien. Aujourd’hui, je fais un spectacle avec« . C’est une nouvelle mise en danger pour cet acrobate évoluant ce fauteuil à bascule, appelé inquiétude au XIXe siècle en France. Si le rocking chair est synonyme de bien-être, de repos. Il est surtout un objet instable qu’il faut maîtriser. Inquiétude devient aussi une métaphore d’un monde fragile en quête d’équilibre.

 

 

  • Mardi 25 et mercredi 26 avril à 20 heures au Rexy à Mont-Saint-Aignan. Tarifs : 14 €, 9 €. Pour les étudiants : carte culture. Réservation au 02 35 03 29 78 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Spectacle tout public à partir de 8 ans
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du mercredi 26 avril.