Alain Bézu - Photo DRAlain Bézu inaugure le cycle des trois Labos, initié par le Centre dramatique national de Haute-Normandie. Il retrouve le théâtre des Deux Rives qu’il a fondé pour cette carte blanche consacrée à Diderot. Alain Bézu met en scène Le Rêve de d’Alembert, un dialogue philosophique présenté du 10 au 14 mars à Rouen.

 

Une passion pour Diderot. Alain Bézu n’est pas à son premier Diderot. Ancien directeur du théâtre des Deux Rives, il a mis en scène Jacques Le Fataliste et son maître, Le Neveu de Rameau, Entretiens sur le fils naturel. Pour cette carte blanche que lui offre le centre dramatique national de Haute-Normandie, le metteur en scène a choisi Le Rêve de d’Alembert.

Diderot a traversé la vie et le parcours artistique d’Alain Bézu. « C’est une passion qui date de l’école. Elle est née au lycée grâce à un professeur, Alain Van Der Malière, qui m’a fait découvrir les philosophes des Lumières. Lui avait une passion pour Diderot et Rousseau. Cette passion m’a gagné ».

Pour le metteur en scène, la pensée de Diderot est restée « d’une grande modernité ». Elle est surtout « antidogmatique », peut être « subversive ». Diderot a toujours « l’esprit de contradiction entre lui et lui ». Il « condamne la société rigide, la morale », « rejette l’explication du monde par Dieu. C’est un pré-matérialiste. Souvent, il annonce Darwin en abordant l’évolution de l’espace, le mélange de l’espèce ».

« Diderot pense avec son corps », remarque Alain Bézu. « D’ailleurs le théâtre l’a passionné. Il a écrit du théâtre et sur le théâtre. Le Paradoxe du comédien reste une référence. Brecht doit beaucoup à Diderot ».

 

Une pièce en trois temps. En résidence au théâtre des Deux Rives, Alain Bézu met en scène Le Rêve de d’Alembert, « un dialogue philosophique » en trois actes qui s’inscrit dans « le théâtre, le jeu, le ludique, la fantaisie, le jeu de la séduction, l’érotisme ».

Dans cette œuvre, Diderot rédige une conversation entre lui et d’Alembert, collaborateur lors de la rédaction de L’Encyclopédie, mathématicien et géographe. Il tente d’expliquer et de comprendre le monde, l’origine de l’univers. Ses théories visionnaires contestent les idées de l’époque. Pour Diderot, le monde est une unité de matière en perpétuelle évolution. L’homme devient un des éléments de cette évolution. Ce dialogue est aussi l’occasion de parler de désir, de sexualité, d’homosexualité.

D’Alembert plonge ensuite dans un profond sommeil et revit cet échange. Julie de L’Espinasse, femme des Lumières, qui a passé la nuit à côté du mathématicien est effrayée par son comportement étrange. Pour elle, d’Alembert était en plein délire et raconte le rêve éveillé à Bordeu, médecin. Ensemble, ils rendent compte des propos de d’Alembert qui mêlent des réflexions sérieuses et des pensées les plus folles.

Pour porter ces propos, Alain Bézu a réuni quatre comédiens fidèles, Vincent Berger, Hervé Boudin, Luce Mouchel et Olivier Saladin. Philippe Davenet est au clavecin et interprète des pièces de Couperin, Bach et Nyman. « La musique est là dans le tissu du texte. C’est une rencontre rythmique entre les deux ».

 

Un livre. Mettre en scène Le Rêve de d’Alembert est « un écho à la sortie de l’ouvrage » que signent Joseph Danan et Marco Consolini. Les deux universitaires racontent l’aventure théâtrale d’Alain Bézu, entre 1972 et 2007, de la volonté de créer une troupe jusqu’à l’ouverture du centre dramatique régional. Joseph Danan apporte une réflexion dramaturgique alors que Marco Consolini revient sur la décentralisation théâtrale.

Depuis son départ de la direction du centre dramatique régional en 2007, Alain Bézu s’est interrogé sur la question de la transmission. Il avait accumulé 35 années d’archives composées de ses travaux de metteur en scène, des articles de presse, des échanges de lettres avec les artistes… « J’ai dû accepter de m’en déposséder. Le temps est aujourd’hui venu ». Alain Bézu a ainsi déposé ses documents personnels aux Archives départementales.

Le livre Deux Rives pour un théâtre, publié aux éditions Points de vue, sortira dans les prochains jours.

 

 

 

  • Mardi 10, mercredi 11, jeudi 12, vendredi 13 mars à 20 heures, samedi 14 mars à 18 heures au théâtre des Deux Rives à Rouen. Tarif : 5 €. Réservation au CDN de Haute-Normandie au 02 35 03 29 78 ou sur www.cdn-hautenormandie.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique mercredi 11 mars à l’issue de la représentation.
  • Prochain Labo du 24 au 28 mars au théâtre des Deux Rives à Rouen : Loveless de la compagnie du Chat foin