photo Amir Hossein Shojaei

photo Amir Hossein Shojaei

C’est une énigme qui ne sera pas résolue. A qui appartenait cette voix d’homme entendue lors d’une nuit ? Hearing, un texte écrit, mis en scène par Amir Reza Koohestani, artiste iranien, et joué jusqu’au 10 décembre au CDN de Normandie Rouen, se déroule dans un dortoir universitaire de jeunes filles à Téhéran. Une première accuse une seconde d’avoir reçu un homme dans sa chambre. Pas de preuve. Juste une supposition. Mais les deux filles n’échapperont pas l’interrogatoire d’une surveillante. Tout se déroule sur un plateau nu, découpé de carrés de lumière. Amir Reza Koohestani du Mehr Theatre Group qui trouve d’étonnantes subtilités pour échapper à la censure évoque avec poésie l’absence, mais aussi la culpabilité, le remord.

 

Vous êtes-vous inspiré de la vie ou de souvenirs de jeunes filles pour écrire cette pièce ?

Je ne connais pas vraiment de personnes qui ont vécu cela. J’ai entendu parler de différentes histoires, de faits de la part d’amies des actrices ou de personnes qui ont vécu dans ces dortoirs. Mais je n’ai aucune preuve évidente.

 

Dans Hearing, vous montrez des jeunes filles courageuses qui s’affirment. Une image opposée que la société occidentale a de la femme iranienne. Pourquoi ?

C’est parce que la société occidentale a une image fausse de la femme iranienne. Les Iraniennes sont aussi actives que les hommes. En ville, et non à la campagne, elles sont même plus actives que les hommes, particulièrement au sein de la société. Par exemple, à l’université, elles sont enseignantes, conseillères. Les étudiantes sont plus nombreuses que les étudiants. Il y a aussi beaucoup de collèges pour les filles. Elles étudient pour accroître leur niveau de vie. Dans Hearing, les deux filles font partie de cette nouvelle génération d’Iraniennes qui veulent gagner leur vie.

 

Néanmoins, elles ont peur. Vous mélangez deux sentiments : la force de se battre et la peur. Pourquoi ?

La raison pour laquelle elles ont peur, c’est qu’elles sont confrontées à de nouveaux combats. Quand tu es courageux ou brave, cela ne veut pas dire que tu n’as pas peur. Si tu ne ressens aucune peur alors tu es un super héros. Mais quand tu es un être humain et que tu n’as peur de rien, tu franchis toujours la ligne rouge. Le courage est une forme de résistance et tu peux braver la peur.

 

 

 

 

Est-ce que Hearing est une photographie de la femme iranienne aujourd’hui ?

Non, je n’ai pas eu l’intention de présenter une photographie de la femme iranienne. Si tu fais cela, tu la simplifies. Je pense que la situation de la société est bien plus compliquée. Dans Hearing, j’ai souhaité évoquer une situation particulière, la situation de deux filles pour parler de leur réalité, de leurs rêves. Je me suis donné la possibilité de parler du rêve de ces jeunes filles, d’une vie de rêves.

 

Est-ce que le dortoir est aussi le symbole de la société iranienne ?

Non, le dortoir n’est pas la société iranienne, ni le symbole de la société iranienne. Il représente une communauté de femmes qui ont le même âge. Cela n’est pas la société iranienne parce qu’elle est plus diverse.

 

Quel est le lien entre toutes les pièces que vous avez écrites ?

J’espère qu’il y a un lien entre toutes les pièces. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai présenté 15 productions. Certaines ont des formes classiques. D’autres sont proches de la performance. Pour chaque production, je fais en sorte qu’elle soit une expérience de théâtre. Il y a eu plusieurs pièces sur le couple, sur la peur d’affronter l’avenir. C’est peut-être le lien. Peut-être

 

Est-ce que l’écriture a pour objectif de dénoncer ou de soulever des questions ?

En fait, mon écriture a pour objectif d’affronter mes peurs. Je préfère que l’on vienne voir dans mes pièces ce qui me fait peur. Quand tu as peur de quelque chose, tu ne comprends pas cette chose. Si tu ne la comprends pas, le public ne peut pas la comprendre non plus, La principale raison pour laquelle je fais du théâtre, c’est de montrer comment la vie est complexe. Ce que nous pensons. Cependant, dans la société, nous essayons de simplifier les problèmes pour les rendre plus compréhensibles par tout le monde. Comme les fast foods qui simplifient la nourriture pour faire plus vite.

 

Avez-vous de la colère en vous ?

Oui, j’ai de la colère et je la projette sur moi-même. J’ai réalisé que malheureusement nous ne pouvons rien changer. Ni dans le pays dans lequel je vis, ni dans les autres sociétés, particulièrement en Occident. C’est ainsi que le monde fonctionne. Les peuples ont aussi une colère et la projettent sur la société. Ils l’expriment en optant pour des partis extrêmistes. Le monde se dirige vers le fondamentalisme. L’écriture me permet de m’approprier ma colère et de ne pas la projeter sur la société.

 

  • Mardi 6, mercredi 7, jeudi 8 et vendredi 9 décembre à 20 heures, samedi 10 décembre à 18 heures au théâtre des Deux-Rives à Rouen. Tarifs : 18 €, 13 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 03 29 78 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du mercredi 7 décembre.