photo Arno Declair

Cédric Eeckhout joue Medvédenko, un enseignant qui aime Macha qui est éprise de Constantin qui est amoureux de Nina qui n’a d’yeux que pour Trigorine, amant d’Arkadina… C’est le fil de La Mouette (1896), une œuvre d’Anton Tchekhov (1860-1904, mise en scène par Thomas Ostermeier et jouée vendredi 20 et samedi 21 janvier au Cadran à Evreux. Le codirecteur de la Schaubühne à Berlin porte un regard personnel sur cette pièce, empreinte de déception et d’illusions. Entretien avec le comédien.

 

Que nous dit encore le texte de Tchekhov aujourd’hui ?

Cette œuvre raconte un aveuglement, des petites histoires, nos petites affaires, les tromperies… Tout ce que l’on traverse pendant une vie. La Mouette, c’est aussi l’histoire d’un microcosme, de personnes qui se retirent à la campagne pour ne pas voir certaines choses. En fait, il y a une belle ironie chez Tchekhov. Dans La Mouette, il y a beaucoup de moquerie intelligente, un rire qui fait un peu mal au coeur

 

Comment avez-vous appréhendé votre personnage ?

Avec Thomas Ostermeier, on ne travaille pas la notion de personnage. Tout est basé sur la sensibilité de chacun. Nous sommes là sur le plateau en tant qu’être. Nous sommes partis de nombreuses improvisations. Nous prenons une scène, racontons nos vies et voyons comment tout cela résonne. En fait, nous racontons une vérité qui est la nôtre. Et la pièce se déroule d’elle-même.

 

Vous travaillez pour la première fois avec Thomas Ostermeier. C’est une belle aventure ?

Ce sont des moments très doux et très intenses. C’est aussi très agréable d’être engagé par un des plus grands metteurs en scène. Et il ne vole pas sa place. Ce travail a été très constructif pour moi, en tant qu’acteur. Thomas Ostermeier a une manière de faire entrer dans une vision, dans son propre univers. Je n’ai jamais senti que l’on construisait un spectacle. J’ai juste senti que nous construisions une histoire. Nous avons avancé ensemble, sans pression. C’est la marque des plus grands. Pour la première fois, quand j’entre sur scène, j’ai l’impression d’être libre.

 

Pourquoi ce projet a-t-il été plus constructif pour vous ?

Chaque projet construit un comédien. Avec Thomas Ostermeier, j’ai l’impression qu’il m’a nourri dans ma foi d’un théâtre d’aujourd’hui, de divertissement qui s’adresse à la cité. Ce sont des choses auxquelles je crois.