photo Serge Leblon

photo Serge Leblon

L’amour est le fil rouge de ce Ping-pong. Une lecture-concert imaginée par Albin de la Simone et Brigitte Giraud que les deux artistes donnent samedi 24 mai à La Haye-de-Routot pendant Terres de Paroles. Les textes poétiques et pleins de charme du chanteur dialoguent de manière singulière avec les extraits des ouvrages de la romancière. Entretien avec Albin de la Simone.

 

 

 

 

 

Depuis vos débuts, vous avez régulièrement multiplié les collaborations. Pourquoi ?

Quand j’ai commencé, j’étais musicien de jazz. Et le jazz, c’est une musique de partage. La musique en règle générale, sauf si vous vous produisez en solo, repose sur le partage. Cependant, j’ai eu besoin de partager tout le temps.

 

Expliquez-vous ce besoin ?

Non mais le fait d’être devenu chanteur est venu d’un besoin de non-partage. J’ai pu parler de moi parce que j’ai été nourri par tout ce que j’ai fait avec les autres. Le chemin pour savoir qui je suis est parfois sinueux. J’ai dû faire plein de musique dans tous les sens. Nous avons chacun nos sources d’inspiration. A un moment, cela ne me suffisait plus. J’ai eu besoin d’être épaulé par les autres au lieu d’épauler les autres, de m’exprimer librement. Sans partage. Cela a été une révolution.

 

Une révolution ?

Oui, complètement. Le fait de passer de musicien à chanteur, de me mettre à écrire, de prendre la parole a été une révolution. Il y a un avant et un après. Bien sûr, je ne renie pas ce qui s’est passé avant. Mais j’admire les artistes, comme Camelia Jordana qui ont trouvé leur chemin à 20 ans. Moi, j’ai mis plus de temps.

 

Mais vous avez vécu plein de choses.

C’est vrai. Toutes ces années ont été comme une sorte de recherche et d’errance. Par chance, j’ai rencontré des personnes comme Alain Souchon ou Mathieu Boogaerts. Avec eux, je me suis mis à voir plus clair.

 

Tout est alors devenu plus facile pour vous.

Avec l’âge, on est plus mature mais on perd de l’innocence. On est plus conscient de ce que l’on fait. On a une plus grande culture mais les parasites créatifs sont plus nombreux.

 

Pourtant, d’album en album, vous tendez vers l’épure.

Cela me fait plaisir que vous le receviez comme cela. Idéalement, c’est ce que je recherche. Pour que ce soit économe, j’efface beaucoup. Mais j’ai l’impression que c’est de plus en plus compliqué. Je ne sais pas si les écrivains ressentent aussi cela. Je me pose beaucoup de questions sur ce que je fais. Si mes chansons sont de plus en plus belles, ça vaut le coup. C’est peut-être mon exigence qui croît avec le temps.

 

 

Pour Terres de Paroles, vous retrouvez Brigitte Giraud, une romancière et nouvelliste. C’est une expérience nouvelle pour vous.

Brigitte est un écrivain que j’aime beaucoup. Je l’ai rencontrée pour la première fois lors d’un festival littéraire à Manosque. Nous nous sommes rendu compte que nous tenions les mêmes propos, que nous employons les mêmes mots. Il y a un lien incroyable entre ses livres et mes chansons. Nous voyageons de son premier roman au dernier, de mes premières chansons aux dernières. Nous avions monté ce spectacle une première fois devant des copains pour s’amuser. Puis, nous l’avions présenté au Centquatre à Paris. Depuis, nous le faisons voyager.

 

Que racontez-vous ?

Nous évoquons une chronologie de l’amour : de la naissance jusqu’à son apogée, à sa mort et sa renaissance éventuellement. Aujourd’hui, nous avons le droit à plusieurs vies amoureuses. C’est incroyable parce qu’on a l’impression que tout a été écrit pour cette rencontre.

 

Ce spectacle a alors été facile à monter.

C’est un spectacle d’escrocs. Il a été miraculeusement simple à monter. C’est une mise en parallèle de textes. C’est un vrai ping-pong parce que l’on ne voit pas tous les deux ensemble. Celui qui parle ou chante est dans la lumière, l’autre reste dans l’ombre. Cela peut sembler austère mais il y a vraie communication et cela laisse la place au texte.

 

 

  • Samedi 24 mai à 17h30 à la salle des fêtes de La Haye-de-Routot. Tarif : 5 €. Réservation au 02 32 10 87 07.
  • Programme complet : ici