Il y a un an ouvrait la chapelle Corneille, un édifice attenant au lycée, à Rouen. Une année pour s’approprier un lieu plein de mystères et pour dompter son acoustique.

 

La chapelle Corneille est un véritable joyau architectural. Sur ce point, la restauration, financée par l’ex Région Haute-Normandie (9,4 millions d’euros, + 8,8 millions pour l’aménagement) fait l’unanimité. En ce qui concerne le confort d’écoute, les voix ne s’entendent plus à l’unisson. Pourtant, les acousticiens avaient prévenu : l’édifice datant du XVIIe siècle, classé au titre des monuments historiques, est « adapté pour les concerts de musique vocale, ancienne et sacrée », rappelle Yann Jurkiewicz.

 

L’acousticien se souvient encore de sa première venue à la chapelle Corneille. « J’ai été frappé par la qualité de réverbération, très aérienne. La particularité de ce bâtiment, c’est qu’il est très haut et pas trop large. La réverbération se déploie alors dans la hauteur et se trouve ensuite bien répartie. Au moindre son, on peut imaginer l’espace ». L’équation à résoudre : respecter le caractère de l’édifice religieux et l’aménager en une salle de concert. Pas simple.

 

« L’idée du lustre est arrivée très vite. Pour ne pas dénaturer le bâtiment, nous avons en effet pensé à cette grande sphère miroir qui reflète en anamorphose la chapelle et qui contient la partie technique avec l’éclairage, le chauffage et le réglage de la réflexion acoustique ». Pour le spécialiste, c’est un des éléments, mais « peut-être pas le plus important. L’élément le plus efficace, ce sont les dossiers des fauteuils du dernier rang avec des angles très précis, calculés pour que les réflexions soient rabattues vers les spectateurs et les musiciens. Ils vont apporter une clarté d’écoute. Quant aux rideaux, ils sont là pour absorber la réverbération de la chapelle ».

 

Un répertoire à trouver

Une année est passée. 22 000 personnes sont venues écouter un concert à la chapelle Corneille. Ce fut une année d’expérimentation. Pour Oswald Sallaberger, violoniste, directeur artistique de La Maison illuminée, « Ce lieu reste une chapelle. Il faut adapter la programmation ». Même sentiment de la part de Vincent Dumestre, directeur du Poème harmonique : « le répertoire doit être réfléchi, mûri pour arriver au répertoire idéal. La musique baroque fonctionne bien. Il est vrai que certains types de musique fonctionnent mieux que d’autres. Il faut aussi adapter la jauge. Pour Justin Taylor, par exemple, nous avons recréé un lieu convivial autour de lui. La chapelle a des qualités. On peut utiliser la nef, les balcons et divers endroits. Pour certains concerts, il a fallu aussi trouver des solutions techniques. Notamment pour celui de Jordi Savall qui a nécessité une petite sonorisation ».

 

Et la musique du monde ? Pour ce genre musical, il a des couacs. Le public de la chapelle Corneille a été déçu lors de plusieurs soirées. Sébastien Lab, directeur de L’Étincelle, n’hésite pas à parler de « bouillie sonore. Même avec les petites formations, il y a une déperdition de la précision du son, surtout pour les graves et les aigus ». Yann Jurkiewicz, acousticien, s’est toujours montré prudent quant à la programmation de musiques du monde. « Lors de nos discussions, nous avons dit : pourquoi pas ? Ce peut être intéressant mais attention aux formations vous allez accueillir, aux programmations qui doivent être fortement amplifiées. Dans tout lieu, il est nécessaire d’expérimenter, de aller jusqu’aux limites. Aujourd’hui, nous avons les réponses ». Dans la chapelle Corneille, l’acoustique demande donc une attention toute particulière.

 

Quelles solutions ? Pour le directeur de L’Étincelle, il y en a trois : « condamner les deux tiers de la salle, effectuer des travaux de gros œuvre ou installer des sources de diffusion du son ». Catherine Morin-Desailly, sénatrice, présidente de la commission Culture à la Région Normandie et de l’EPPC Opéra de Rouen Normandie n’est pas du tout favorable à une quelconque transformation de la chapelle Corneille. « C’est un monument historique classé et on ne doit pas faire n’importe quoi ». La saison prochaine, L’Étincelle va s’installer pour quelques concerts à l’auditorium du conservatoire de Rouen.

 

Avec l’Opéra de Rouen Normandie 

Jusqu’à présent, la chapelle Corneille est gérée par la Région Normandie. Une volonté de Nicolas Mayer-Rossignol, ancien président de l’ex-Haute-Normandie, qui a confié la programmation à sept structures culturelles. Selon Catherine Morin-Desailly, « la singularité du lieu ne peut se construire sur une juxtaposition de programmes. Il faut mettre en exergue la singularité du lieu pour qu’il ait une véritable identité, donc une structure qui dispose des moyens de fonctionnement de base. L’EPCC Opéra de Normandie sera la structure de gouvernance et portera le projet Corneille. Les candidats au poste de direction doivent fournir un projet artistique et culturel en tenant compte des caractéristiques du lieu et de l’acoustique ».

 

L’Opéra prend la main mais les ensembles déjà présents à la chapelle Corneille ont « vocation à être programmés, dans une cohérence de projet. Nous avons besoin des uns et des autres pour l’enrichir », assure Catherine Morin-Desailly. Un projet qui sera dévoilé lors de la nomination du futur directeur ou directrice de l’Opéra de Rouen Normandie, prévue fin mars.