Le sujet reste sensible en France. Lionel Baier traite le suicide assisté avec subtilité, ironie et onirisme dans La Vanité. Le réalisateur suisse a présenté jeudi 27 août à l’Omnia à Rouen ce nouveau long métrage qui fourmille de mille détails.

 

lionel baier« Surtout ne pas faire un tire-larmes. Je déteste être pris en otage avec des montées en émotion ». Lionel Baier n’a pas écrit un drame : il a évité le ton grave trop pesant et pris la distance qu’il fallait. Ni une comédie parce qu’on ne rit pas aux éclats. Dans son nouveau film, La Vanité que le réalisateur suisse a présenté jeudi 27 août à l’Omnia à Rouen, il passe d’un genre à l’autre et utilise de nombreux codes du conte et du théâtre. « J’aime bien le théâtre parce qu’il laisse beaucoup de place aux spectateurs. Alors que le cinéma est plus dirigiste ».

 

La Vanité est un huis clos. Trois personnages se retrouvent une nuit de Noël dans une chambre d’un motel miteux de la banlieue de Lausanne, un lieu presque coupé du monde. Sur un mur est accroché une reproduction des Ambassadeurs de Holbien où se cache une vanité.

 

David Miller est un architecte retraité. Son épouse est décédée. Son fils qu’il n’a jamais aimé ne veut plus avoir de relation avec lui. Atteint d’un cancer qu’il dit incurable, cet homme bougon, aigri, égoïste a décidé de mettre fin à ses jours. Esperanza, magnifique Carmen Maura, membre de l’association d’aide au suicide assisté, est là avec les produits létaux. Seul témoin : Treplev, un nom puisé dans La Mouette de Tchekhov, est le prostitué installé dans la chambre voisine.

 

 

 

On comprend vite les mécanismes de La Vanité. Si la mort est au centre de cette histoire inspirée d’un fait réel, la vie gravite sans cesse autour. Le désir aussi. Le suicide assisté n’aura donc pas lieu. Peu importe. L’intérêt du film de Lionel Baier réside dans ses multiples rebondissements, aussi drôles qu’absurdes, qui repoussent la scène fatale, dans des échappées oniriques vers un passé ou des fantasmes. La frontière entre passé et présent, entre réalité et rêve est matérialisée par ce long rideau pourpre couvrant tout un pan de mur de la chambre et rappelant celui du théâtre.

 

Ces va-et-vient sont les clés de compréhension de la vie de ces trois personnages, faits pour se rencontrer. Ce sont trois êtres souffrant de solitude. « Ils ont l’impression de ne plus être chez eux. Alors, comme ils sont trois, ils forment un groupe, peut-être une famille ». S’éveillent ainsi la curiosité et le goût des autres, tombent les a priori. Lionel Baier évite les grands discours moralisateurs. Il filme la vie. « Nous sommes programmés pour vivre. La nature n’arrête pas de se battre pour vivre et veut que l’on reste en vie ».

 

  • La Vanité de Lionel Baier avec Patrick Lapp, Carmen Maura, Ivan Georgiev. Sortie le 2 septembre