photo D. Koskas

photo D. Koskas

Lucas Belvaux revient au Havre. Le réalisateur y a tourné 38 Témoins, un polar incisif et intense sorti en mars 2012 avec Yvan Attal, Nicole Garcia, Sophie Quinton. Il participe vendredi 16 et samedi 17 octobre au premier Ciné salé, festival de cinéma dédié à la mer et aux marins.

 

Le Havre est une ville que vous connaissez. Quel souvenir en gardez-vous ?

Un souvenir extrêmement chaleureux. Je me souviens m’y être senti bien immédiatement. Le souvenir une ville qui ne correspondait absolument pas à l’image qu’en avaient les gens qui n’y étaient jamais allés. C’est une ville où la nature est omniprésente. Elle encercle la ville, la structure. L’estuaire de la Seine, la Manche, qui lui donne un rythme, la campagne n’est jamais très loin. Et puis un relief, aussi. La nature aère la ville, la colore, l’enlumine. Et, en même temps, c’est une ville énergique, irriguée d’énergie par le port, donc, par le monde.

 

Qu’est-ce qui a surtout retenu votre attention dans cette ville ?

Tout ce que je viens de décrire, plus l’architecture. La ville a gardé des cicatrices terribles de son histoire. Et, en même temps, ces stigmates sont devenus une des identités de la ville. Pendant longtemps, tout le quartier « Perret » a été perçu comme une horreur, un exemple d’architecture « stalinienne », d’ailleurs, c’est là que le cinéma français allait filmer les séquences censées se passer derrière le Rideau de Fer. Et puis le classement au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO a changé le regard des gens, dans la ville comme à l’extérieur. On pourrait dire que ce classement a « réinventé » la ville. J’y ai trouvé ce que je cherchais, une « belle » ville, bien sûr, mais surtout, une ville singulière, visuellement riche et accueillante.

 

Est-ce que Le Havre a une lumière particulière ?

Oui, bien sûr ! Mais ça, on le sait depuis longtemps. Les peintres l’ont compris très tôt.

 

Est-ce qu’un décor, notamment une ville, a toujours une influence sur votre mise en scène ?

Plus que de décors, pour les « extérieurs » je parlerais de géographie plutôt que de décors. Une ville s’inscrit dans un paysage, ou elle le construit, et elle raconte quelque chose de ses habitants, de leur histoire, de leurs histoires. Un aspect sociologique. Et puis, il y a le visuel, l’aspect plus ou moins beau, plus ou moins graphique, plus ou moins prégnant qui donnera une ambiance particulière, ou pas. Il peut y avoir un effet de dépaysement, aussi. La sensation de découvrir un lieu, un monde, une ambiance. Tous ces éléments participent de ce que sera le film pour le spectateur.

 

Le festival Ciné salé est consacré à la mer et les marins. Etes-vous fasciné par ce monde ? 

La mer est une aventure. Un des rares endroits où l’on prend conscience de l’immensité du monde, de sa courbure. C’est le lieu de l’humilité absolue, on ne peut la dominer, on ne peut que s’adapter. C’est la porte vers la découverte, du monde et de soi. La mer est un infini. Mouvant et imprévisible. Chacun se souvient de la première fois qu’il l’a vue, de l’impression ressentie, l’attirance, la peur parfois. C’est une réalité et un fantasme. Elle peut habiter, abriter, tous nos rêves. Nos rêves d’ailleurs, de paix ou de dépassement, et nos angoisses, de mort, de disparition. La mer engloutit, parfois. Elle ne rend pas toujours les corps. Alors, oui, la mer me fascine, comme elle fascine tous les hommes, je pense, depuis toujours.

 

Quel est votre film préféré sur la mer ?

L’Homme d’Aran de Flaherty, Moby Dick de Huston. Il y a de très belles séquences dans Le Crabe-Tambour de Schœndorfer, aussi. Pour moi, un film sur la mer doit d’abord parler des marins.

 

  • Vendredi 16 et samedi 17 octobre au Sirius, au Studio et au Gaumont Docks Vauban au Havre.
  • Programmation complète : ici
  • Lire l’article sur la présentation du festival