photo Franck Loriou

photo Franck Loriou

Il y a toujours autant d’élégance dans les chansons et dans la voix d’Arman Méliès. Une voix toujours écorchée mais davantage sauvage dans Vertigone. Ce nouvel album, le cinquième, est incandescent, brut, puissant. Arman Méliès traverse des émotions, mêle le calme et la tempête, les ruptures et la passion amoureuses. Il joue mardi 8 mars au 106 à Rouen en première partie d’Arno.

 

Vous collaborez à plusieurs projets musicaux. Est-il nécessaire d’aller ailleurs pour mieux se retrouver ?

Oui, j’imagine que c’est toujours plus facile d’explorer plusieurs univers pour pouvoir se renouveler, se réinventer. C’est de toute façon comme cela que j’envisage ma musique. Il ne m’intéresse pas de refaire le même disque mais de changer d’angle. Il y a aussi le plaisir de se surprendre. Pendant longtemps, j’ai travaillé seul et je n’écrivais que mes propres titres. Il y a sept ou huit ans, j’ai eu la chance de collaborer avec d’autres artistes. J’ai accompagné Julien Doré lors de sa tournée. Cela permet de se nourrir d’autres influences. Avec Alain Bashung, l’expérience a été très enrichissante. Avec Julien Doré, les choses ont été différentes. Nous avons formé comme une famille musicale. Cela fait obligatoirement naître des envies.

 

Avez-vous pensé à la scène en écrivant cet album ?

Oui et c’est la première fois. La scène est quelque chose de complémentaire à l’écriture et au studio. Quand j’écrivais pour cet album, j’avais dans l’idée d’interpréter ces chansons sur scène de façon simple, juste guitare-voix.

 

Était-ce pour prendre un contre-pied à l’album précédent ?

Oui, en partie parce que l’album précédent était plus cérébral. J’avais envie de chansons plus incarnées, plus fougueuses.

 

Pour répondre à une urgence ?

Non, ce n’est pas tant une urgence qu’une envie d’insuffler un élan aux chansons et au disque. Lors des tournées, vous avez toujours du temps. J’étais dans un état d’excitation.

 

D’où une interprétation plus libre ?

C’est indéniable. Et cela est venu au fil de l’écriture du disque. Je me suis autorisé un lyrisme que je n’abordais pas. Au départ, je n’étais pas sûr de le maîtriser. Je ne voulais surtout pas tomber dans le grandiloquent, dans le ridicule. J’ai réussi à avoir beaucoup de plaisir à chanter de cette manière.

 

Aviez-vous envie d’un album de chanteur ?

Indéniablement. C’est un album de chanteur avec une facture certes classique. La voix est considérée comme un véritable instrument.

 

 

 

L’écriture est-elle un souffle ou un vertige ?

L’écriture d’un texte reste toujours assez mystérieuse. J’ai un peu renoncé à comprendre quel est l’élément déclencheur. Dans un premier temps, mon travail consiste à noter des idées, un mot, une phrase. Quand j’ai un semblant de mélodie, je me replonge dans mes carnets. J’écris les premières phrases et je développe mon idée. Tout cela reste un processus relativement long que je ne maîtrise pas complètement. C’est très obscur et j’aime cette idée de ne pas tout maîtriser. Les choses se révèlent ainsi avec le temps.

 

Est-ce votre Everest ?

C’est un peu ça. Nous tendons tous vers quelque chose qui nous dépasse. Et il faut accepter cela.

 

L’inconscient tient alors une place importante dans l’écriture ?

Oui et je vois les choses émerger. J’en joue. Parfois naissent des idées et des images que je ne soupçonne pas au départ. Cela enrichit le texte.

 

Lors de l’écriture de Vertigone, est-ce que vous avez cherché davantage de profondeur ?

Je ne sais pas. Néanmoins, les titres sont plus introspectifs. Jusqu’à présent, je m’étais interdit ce côté où on se met à nu. Avant, je me cachais derrière une certaine neutralité. Là, je donne un peu tout. Cela relève un peu de l’ordre de l’exhibitionnisme.

 

Dans les albums précédents, le feu a toujours été très présent. Dans Vertigone, il y est à nouveau et vous ajoutez les autres éléments.

Ce n’est pas vraiment réfléchi. Dans l’album précédent, le vocabulaire est lié en effet au feu. J’ai décidé de ne pas supprimer ces références dans ce nouvel album. Elles sont venues de manière naturelle sans doute pour une bonne raison. J’assume le fait qu’elles reviennent. Dans Vertigone, le lien à la nature est important, d’où les références aux différents éléments.

 

  • Mardi 8 mars à 20 heures au 106 à Rouen. Tarifs : de 30 € à 20 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com
  • Deuxième partie : Arno