Au Havre aussi, le débat sur la politique culturelle a été initié par les acteurs et actrices de terrain, à la fois mobilisés et inquiets. Quatre questions ont été posées aux sept candidats et candidates. Tous, sauf Guillaume Milert (Vivons Le Havre), y ont répondu. L’attente est grande.

« Il n’y a pas de politique culturelle au Havre ». Le constat est sévère. « Une politique culturelle, cela se décrit, s’analyse, se discute… Il n’y a plus cela et il n’y a plus de clarté ». Franck Testaert, directeur du Tetris, fait partie des acteurs et actrices culturels importants de la ville et des six premiers  signataires, avec l’Atelier de musique du Havre, Le Volcan, le théâtre des Bains-Douches et le centre chorégraphique national en Normandie, d’une lettre ouverte envoyée aux sept candidats et candidates aux élections municipales au Havre. 

Depuis, de nombreuses structures ont rejoint cette initiative pour partager leurs attentes. « Nous savons que la période est compliquée en raison du désengagement de l’État. Mais nous voyons une certaine privatisation de la culture et avons une réelle incompréhension entre ce que l’on défend et ce que les politiques financent ». Tous pointent un manque de dynamisme et d’interlocuteurs à la Ville. « Nous avons besoin que des choix soient faits, que des projets culturels soient menés, qu’il y ait des échanges », remarque Sandrine Mandeville, directrice du CEM (centre des expressions musicales.

« Outre pour la lecture, il n’y a pas de plans. Toute l’année, nous sommes présents sur le terrain pour mener des actions culturelles avec les petits, dans les écoles, les lycées, dans les prisons… Pourquoi les comédiens quittent la ville du Havre après leur formation ? », s’interroge Franck Testaert. Même questionnement de la part de Sandrine Mandeville : « Un Été au Havre permet un certain rayonnement et fait venir du monde au Havre. Mais que fait-on pour un accès à la culture pour tous ? À cette question, nous n’avons pas de réponse. C’est notre rôle de pousser les élus et les candidats à réfléchir. Il y a des enjeux de société et des fossés se creusent ».

Quatre questions

Les six structures havraises ont provoqué le débat avec quatre questions sur « les principales priorités de la politique culturelle », « les relations avec les acteurs de la vie culturelle havraise », « les engagements en terme de politique budgétaire » et « les rapports entre la ville et la communauté urbaine ».

À nouveau beaucoup de généralités et des intentions pour une culture pour tous. Sans que soient mentionnés les droits culturels. Frédéric Groussard (Rassemblement national ) prône « une culture nationale et régionale en mettant en avant notre histoire et nos coutumes », souhaite « une multiplication des pôles culturels de quartiers » et « des spectacles de rue pendant l’été ». Magali Cauchois veut « faire entendre le camp des travailleurs solidaires des luttes des intermittents ». Béatrice Canel-Depitre (Le Havre animaliste) envisage de « promouvoir les conférences, projections et expositions sur les animaux » et de « construire une culture identitaire havraise forte de valeurs animaliste ». Quant à Alexis Deck (Le Havre Écologie) prévoit de « soutenir le dynamisme des acteurs culturels » et « diversifier le public ».

Pour Édouard Philippe, Premier ministre, il y a la volonté d’ « encourager les grandes manifestations comme Ouest Park, Pharenheit, MoZ’aïque, Le Goût des autres, Un Été au Havre » et d’en « ajouter des nouveaux ». Au programme également : des nouveaux locaux pour Le Portique, une rénovation du théâtre des Bains-Douches, la construction de la deuxième salle du Volcan, le développement du Fort de Tourneville, la promotion des arts autour de l’image et, pour financer le tout, un plan pluriannuel d’investissement.

Jean-Paul Lecoq (Un Havre citoyen)  note « le dynamisme du paysage culturel » et préfère « se tourner vers une politique faite pour et avec les habitants sans oublier les artistes locaux ». Il  souhaite des « états généraux de la culture » pour « fixer une feuille de route » et se pencher sur une « réhabilitation du cinéma Normandy », « la pertinence de la création d’un grand auditorium », le « développement des résidences d’artistes », la « création d’un musée maritime et portuaire » et « pour la mémoire de l’esclavage, de la traite et de leur abolition », la « valorisation d’une structure municipale d’improvisation théâtrale », la transformation de « commerces inoccupés en lieux d’exposition », un « encouragement des pratiques culturelles amateurs ».

Après ces retours, les signataires de la lettre ouverte restent « prudents ». À l’issue des élections, ils comptent bien « reprendre les discussions » avec les futurs élus et élues.