Andreas Goupil est Madame, un des trois personnages des Bonnes, la pièce de Jean Genet mise en scène par Robyn Orlin. Cette création qui mêle théâtre et cinéma est à l’affiche du CDN de Normandie Rouen mardi 26 et mercredi 27 novembre.

Robyn Orlin était adolescente lorsqu’elle a vu Les Bonnes à Johannesburg. La pièce de Jean Genet a fortement résonné en elle en plein Apartheid. Il est question dans ce texte d’identité, de domination, d’asservissement, de haine, de fascination…

Les Bonnes, ce sont Claire et Solange, deux sœurs au service de Madame, une femme riche appartenant à la haute bourgeoisie parisienne. Il leur arrive de changer de rôle et donc de costume. L’une joue leur maîtresse et l’autre, sa sœur. Pour se moquer. Les duo infernal a réussi à faire emprisonner Monsieur après avoir écrit une fausse lettre de dénonciation. Il envisage d’empoisonner Madame. Un jeu dangereux que les deux sœurs vont perdre.

Des claques !


L’artiste sud-africaine a entamé ce travail sur Les Bonnes de Genet lors d’une carte blanche donnée par le CDN de Normandie Rouen. Andreas Goupil, alors élève du conservatoire de Rouen faisait déjà partie de cette aventure. « Travailler avec Robyn Orlin, c’est tout d’abord une épreuve vis-à-vis de la langue. Nous voulons raconter la même chose mais la langue de la danse et celle du théâtre ne passent pas aux mêmes endroits. Avec elle, le corps est mis en action et doit servir le texte. Comme j’aime le théâtre physique, nous nous sommes retrouvés à cet endroit. Elle est une personne très drôle et un peu folle. Elle déborde d’idées et nous, acteurs, sommes sur quelque chose d’instable. Nous ne sommes jamais au repos. Elle parle aussi beaucoup. Elle questionne beaucoup sur le sens de la pièce. Nos discussions ont été très intéressantes ».


Andreas Goupil incarne Madame. Pour trouver un ton juste, « on a beaucoup cogité. Nous sommes passés par plusieurs étapes. Il y a dans ce personnage quelque chose de très théâtral et de ce qu’il y a en nous. Nous sommes tous composés de ce que nous sommes et de ce que nous voulons montrer. En Madame, je vois aussi beaucoup de gens que je côtoie et qui ne se rendent pas compte de la pression qu’ils exercent sur les autres. Ils ont besoin d’être vus et entendus. Il a fallu une recherche dans le corps et dans la langue ». À cette femme exubérante, Andreas Goupil ne cache pas qu’il lui mettrait volontiers « des claques. On la hait tellement ».

Retour à Genet


Robyn Orlin confie le rôle de ces trois femmes à trois jeunes comédiens. Andreas Goupil, blanc, est donc Madame. Maxime Tshibangu et Arnold Mensah, noirs, sont Claire et Solange. L’artiste sud-africaine fait de ce texte une satire. « Nous sommes des hommes qui vont se grimer, se déguiser et nous allons chercher notre part de féminité. Les costumes nous aident à nous mettre dans ce corps. Tout comme le regard du public. J’en joue beaucoup. Là, le propos n’est plus genré mais social ».


Avec Les Bonnes, joué les 26 et 27 novembre au CDN de Normandie Rouen, Andreas Goupil retrouve la langue de Genet, traversée avec Les Paravents, lorsqu’il était apprenti comédien au conservatoire de Rouen. « C’est une langue très imagée, parfois lyrique. Dans la vraie vie, on ne s’attend pas à entendre cela. Pourtant, Genet décrit des situations concrètes, violentes, voire cruelles ». Dans la pièce des Bonnes, Andreas Goupil trouve « une poésie magnifique. Cela fait du bien de s’emparer d’un tel texte. Il y a un mois, le texte me paraissait encore étranger. Il n’est pas facile à mettre en bouche. Aujourd’hui, j’ai l’impression que j’ai pu me les approprier afin de contaminer le public à cette beauté ».

Infos pratiques

  • Mardi 26 et mercredi 27 novembre à 20 heures au théâtre des Deux-Rives à Rouen.
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du mercredi 27 novembre