marie lecaDans le cadre du tricentenaire de la naissance de Diderot, Science Action Haute-Normandie organise jeudi 24 octobre à l’Hôtel de Région à Rouen un forum des savoirs avec Marie Leca-Tsiomis. Professeur de littérature à l’Université de Paris-Nanterre et présidente de la Société des Amis de Diderot, elle évoque Diderot et l’Encyclopédie : somme des savoirs et pensée critique.

 

 

 

 

Pourquoi est-ce important d’évoquer Diderot et l’Encyclopédie aujourd’hui ?

Il y a une raison extérieure : nous fêtons le 300e anniversaire de la naissance de Diderot. Différentes manifestations sont organisées en France. Par ailleurs, je pense que l’Encyclopédie nous concerne toujours pour de multiples raisons liées à la diffusion des connaissances. Aujourd’hui, grâce à I’Internet, nous avons accès à des réseaux de connaissances. L’Encyclopédie a constitué une première approche du réseau. C’est un recueil de savoirs, de savoirs critiques. Il y a certes la diffusion des savoirs mais aussi leur transmission. L’Encyclopédie fait l’apologie de la tolérance, montre l’importance des religions dans une société et des sciences dans la société. Toutes ces questions nous concernent aujourd’hui.

 

Quelle était la plus grande préoccupation de Diderot lorsqu’il entrepris ce travail ?

La rédaction a duré plus de 25 ans. C’est extrêmement long puisqu’elle a occupé la moitié de sa vie d’adulte. Diderot souhaitait transmettre les connaissances éparses sur la surface de la Terre aux hommes du présent et aux personnes qui arriveraient ensuite. Il avait une idée qui demeure : plus on est instruit, plus on est vertueux et heureux. Il voulait être utile au genre humain.

 

Plus on est instruit, plus on est libre aussi.

Oui bien sûr. Une grande partie des articles a été critiquée par la censure religieuse. Plusieurs articles mettent en effet en cause l’interdiction de la liberté de penser, de juger. Il ne faut pas oublier que nous sommes au XVIIIe siècle, sous l’Ancien Régime. La domination politique et religieuse est en étroite symbiose avec la monarchie de droit divin. La pression du dogme se fait sentir sur toutes les catégories de savoir. La liberté de penser, de juger, de savoir est une des grandes revendications des Lumières.

 

A travers cette Encyclopédie, Diderot défendait aussi des valeurs.

Oui, il voulait transmettre des savoirs et aussi des méthodes d’acquisitions des savoirs. Pour lui, il est essentiel de douter. Il faut questionner les connaissances. C’est essentiel aujourd’hui. Sur l’Internet, on trouve le pire et le meilleur. Cet appel à la critique est donc important pour éviter les sottises et les fausses informations. Pour Diderot, un lecteur est aussi un citoyen. Il a donc travaillé au bien commun immédiat et futur. Il n’avait aucun souci personnel.

 

  • Jeudi 24 octobre à 20h30 à l’Hôtel de Région à Rouen. Entrée gratuite. Réservation au 02 35 89 42 27.
  • Autres informations sur www.scienceaction.asso.fr

 

28 volumes

L ‘Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers a été éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot (1713-1784). Avec ses 28 volumes écrits par plus de 150 personnes (philosophes, savants et autres spécialistes et grands esprits), elle est la première encyclopédie française qui réunit des avoirs anciens et les nouvelles découvertes.