La compagnie STT revient mardi 16 mai à la scène nationale de Dieppe avec un spectacle qui s’avère un véritable défi : mettre en scène Voyage à Tokyo de Yasujiro Ozu.

D’une matière non théâtrale, Dorian Rossel aime en faire justement du théâtre. Le metteur en scène suisse transpose à la scène des textes issus de divers répertoires. Que ce soit des romans, des bandes dessinées ou des films. Il est revenu au cinéma. « C’est un langage captivant et riche. Quand on le transpose au théâtre, on interroge ce langage. On explore. On invente. La proportion entre les mots et les images est inversée. On doit dire ce qui ne peut être vu ».

Il a travaillé sur La Maman et la putain de Jean Eustache dans Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir, présenté en février 2016 à la scène nationale de Dieppe. « C’est un film vertigineux ». Il fait son retour mardi 16 mai à DSN avec un nouvelle adaptation. Celle de Voyage à Tokyo, titre du film de Yasujiro Ozu qui raconte l’histoire d’un couple de retraités en voyage vers la capitale japonaise pour retrouver les enfants et les petits-enfants. Or, la distance géographique a distendu les liens entre les générations. Pour tous, il n’est pas simples de vivre sous le même toit. D’autant que les uns sont prisonniers de l’agenda urbain et quotidien. Alors les autres déplorent le fait ne pouvoir être tous ensemble. Les enfants vont offrir à leurs parents un voyage au bord de la mer qui ne sera pas de tout repos. Là, la mère est prise de vertiges.

Selon Dorian Rossel, « c’est un film sublime d’une telle justesse. Ozu a réussi à choper l’essentiel du sentiment humain. Et ce, juste avec quelques mots. C’est très pudique. Au Japon, ce qui n’est pas dit est aussi important que ce qui est dit ». Ozu évoque dans Voyage à Tokyo l’entrée rapide de son pays dans la modernité après la Seconde Guerre mondiale, l’éclatement de la famille, la question de la filiation et le temps qui passe.

« Extrêmement fidèle »

Voyage à Tokyo est un véritable chef-d’oeuvre. « S’attaquer à un tel film est énergisant, stimulant. On se confronte à l’intelligence. Surtout on en fait jamais le tour ». Dorian Rossel est resté « extrêmement fidèle » à l’esprit du film d’Ozu et aussi à cette ligne épurée. « Tout s’est construit de manière empirique au fil des sessions de recherche. Il y a eu comme une évidence visuelle. Pour ce travail, il fallait de la finesse. il fallait s’attarder sur les détails ». Le metteur en scène fait alors résonner les mots différemment, met en avant les sentiments intérieurs des personnages, la complexité de l’être humain. Pas de vidéo dans ce spectacle parce qu’il est impossible de « lier le déficit d’images par des images. Nous sommes au théâtre et nous avons voulu retrouver le lien entre le comédien et le spectateur ».

Voyage à Tokyo est la rencontre entre la compagnie de Dorian Rossel, STT, et un film, celui d’Ozu. Sans oublier celle avec Yoshi Oïda, « un monsieur qui fait partie de l’histoire du théâtre, qui est passionné par son art et toujours aussi libre ». Yoshi Oïda incarne ce père et fait le trait d’union entre les deux oeuvres. « Avec lui, nous avons pu dépasser la surface des choses ».

  • Mardi 16 mai à 20 heures à DSN à Dieppe. Tarifs : de 23 à 10 €. Réservation au 02 35 82 04 43 ou sur www.dsn.asso.fr