L’abbatiale Saint-Ouen accueille les 2 et 3 mai la classe d’art dramatique du conservatoire de Rouen qui interprète La Tragédie du More, un drame d’un auteur anonyme du début du XVIIe siècle.

 

photo Barbara Cabot

photo Barbara Cabot

Le titre est certes long mais résume la pièce. La Tragédie française d’un More cruel envers son seigneur nommé Riviery, gentilhomme espagnol, sa damoiselle et ses enfants raconte une histoire qui n’est pas à ranger dans le tiroir politiquement correct. Ce drame en est que plus drôle. C’est un humour noir, très noir qui résonnera davantage dans l’abbatiale Saint-Ouen.

 

Issue du recueil Théâtre de la cruauté et récits sanglants en France (XVIe et XVIIe siècles), cette pièce d’un auteur anonyme a été publiée pour la première fois par Abraham Cousturier, libraire de la rue Ecuyère à Rouen entre 1600 et 1610. Un riche seigneur espagnol qui habite avec sa famille dans un château construit au bord de la mer, n’hésite pas à battre son esclave quand bon lui semble. Pris de remord, il décide de l’affranchir. Un jour, le seigneur décide d’aller à la chasse et confie sa famille au More. C’est le drame. L’ex-esclave n’a pas oublié les coups qu’il a pu recevoir et se venge. Il commence par violer la mère, puis tue les enfants. A son retour, le seigneur supplie l’Africain de lui rendre sa femme. Celui-ci émet une condition : l’Espagnol doit se trancher le nez. Ce qu’il fait mais en vain parce que le More, très moqueur, assassine la femme. Comme il ne veut se retrouver entre les mains de son maître, il se jette du haut de la tour dans la mer.

 

Du véritable théâtre de cruauté. Pour les élèves de la classe d’art dramatique du conservatoire de Rouen qui travaillent sur ce thème durant cette année, ils apprennent là à appréhender, selon Maurice Attias, metteur en scène, « la domination, la soumission, la violence, la terreur ».

 

Pas seulement. Ce texte, écrit dans un langage peu aisé, permet aux apprentis comédiens de se frotter à l’alexandrin. « Corneille fonctionne par quatrain. Il n’en est rien dans La Tragédie du More. Il faut tout d’abord comprendre où est la phrase. Cependant, quand on profère ce texte, tout change. Plus on éloigne cette langue du quotidien, plus elle devient compréhensible ».

 

La Tragédie du More est une première étape de travail. La seconde se déroulera du 17 au 19 juin avec les travaux de fin d’année sur Jelinek à la chapelle Saint-Louis à Rouen.

 

  • Douze apprentis comédiens : Harold Batola, Romain Collard, Arthur Godin, Dorine Hermier, Oriane Huron, Nolwenn Lepicard, Pierre Leray, Nina Loizelet, Olive Malleville, Clémentine Marin, Victor Ovigne, Icarus Pryor.
  • Vendredi 2 et samedi 3 mai à 20h30 à l’abbatiale Saint-Ouen à Rouen. Entrée libre. Réservation au 02 32 08 13 90.