Efa à Normandiebulle : “C’est très difficile de raconter une histoire qui nous appartient”

par | 24 septembre 2019 | Livre

Il y a tout d’abord Monet, nomade de la lumière, un magnifique roman graphique pour se plonger dans les débuts de la vie du peintre. Avec Salva Rubio, Efa (Ricard Fernandez) revient sur les difficultés, les doutes et les recherches de Claude Monet. Le dessinateur espagnol a également publié Seule, le récit de la grand-mère de son épouse pendant la guerre civile de son pays, écrit par Denis Lapière. Deux ouvrages complètement différents que présente Efa vendredi 27 septembre à la salle Louis-Jouvet à Rouen et qu’il dédicace pendant le festival Normandiebulle les 28 et 29 septembre à Darnétal. Entretien.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à Monet ?

Depuis mon adolescence, je suis très intéressé par l’histoire de l’art et de la peinture. Monet arrive naturellement. Pour moi, il y a trois grands noms de la peinture : Picasso, Van Gogh et Monet. Il est important de les étudier parce qu’ils ont apporté plein de choses à l’histoire de l’art. Salva et moi, nous nous sommes demandés ce que nous pouvions raconter sur sa vie en bande dessinée. La première moitié de sa vie nous a semblé la plus importante. Comment est-il devenu le Monet que nous connaissons ?

Vous vous focalisez sur la recherche de la lumière.

Monet ne s’intéresse pas au sujet mais à la lumière. Il se rend bien compte qu’elle est différente en Normandie, à Paris ou dans le sud de la France. Il a voulu la capter.

En tant que dessinateur, comment avez-vous travaillé sur cette quête de la lumière ?

Cela n’a pas été facile mais il y avait une évidence. Je devais effectuer mon travail à la main, à la peinture. Je devais m’emparer de sa façon de faire. Sans copier bien sûr. En fait, je souhaitais parler de la peinture à travers la peinture.

Vous placez les personnages dans les tableaux de Monet.

Cela me paraissait amusant de mettre les personnages dans les toiles. C’était comme un jeu et cela permettait de sortir de la monotonie d’un type qui passe des heures devant sa toile.

La bande dessinée commence par un flashback : Monet vient de se faire opérer de la cataracte et il se souvient.

C’est une manière de raconter un peu le vieux Monet. Il se souvient qu’il a survécu à certains de ses collègues, qu’il a eu plusieurs vies. Il a trouvé Giverny et cet endroit lui suffit et lui permet de peindre différentes lumières.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez visité Giverny ?

J’ai senti qu’il y avait pas mal de fantômes. Dans cet endroit, on peut imaginer le maître en train de peindre. On devine qu’il a construit la maison à partir de son jardin et autour de la cuisine. C’était un bon vivant. Il y a de la vie à Giverny.

Dans Seule, vous abordez une autre histoire : celle de la grand-mère de votre épouse pendant la guerre civile.

C’est une histoire que je voulais raconter depuis quinze ans. Quand on nous parle de la guerre, on  aborde les stratégies militaires, la vie des soldats. Moi, je préfère m’intéresser à la vie des citoyens, à ceux qui souffrent. Aujourd’hui, mes enfants ont l’âge de Lola, la grand-mère de mon épouse. Je me suis demandé s’ils seraient capables de survivre dans une telle situation : la fillette est séparée de ses parents pour être en sécurité chez ses grands-parents jusqu’à ce que la guerre arrive dans la campagne catalogne. Après la guerre civile, les blessures physiques et familiales sont encore là et peu de personnes s’expriment ou donnent leur point de vue. Je suis née en 1976 et je fais partie d’une génération qui vit en toute liberté. Pour nous, c’est une obligation de raconter ce qu’elles n’ont pu nous transmettre.

Pourquoi avez-vous attendu quinze années ?

Il fallait que je trouve le bon moment. Ce n’est pas évident de raconter la petite histoire. Comme je connais bien Lola, un être qui m’est cher, ce n’est pas facile de prendre du recul sur son histoire, de pouvoir la transformer en récit, même de la trahir. C’est toujours très difficile de raconter une histoire qui nous appartient. J’ai préféré la transmettre à un scénariste.

Pourquoi avez-vous choisi de partager la vision d’une enfant ?

Quand on est enfant, on ne se pose pas trop de questions. On ne se demande pas si les soldats sont bons ou pas. La guerre est là, le village est détruit et il faut vivre. Et la fillette va devoir devenir une adulte.

Pourquoi avez-vous opté pour des ambiances douces ?

Nous nous sommes posés la question au tout début du récit qui se passe dans la montagne. Il y a les animaux, la nature… Il fait beau jusqu’à ce que l’hiver arrive. Nous avons voulu aussi garder le point de vue de l’enfant, son côté naïf.

Quel personnage peignez-vous aujourd’hui ?

Nous nous sommes penchés sur la vie de Degas, un autre peintre impressionniste qui est cependant aux antipodes de Monet. Si Monet a beaucoup voyagé, Degas n’est jamais sorti de Paris. Pour le festival d’Angoulême, je vais publier une bande dessinée sur Django Reinhardt.

Infos pratiques

  • Rencontre avec Efa vendredi 27 septembre de 14 heures à 16 heures à la salle Louis-Jouvet à Rouen. Entrée libre.
  • Exposition à La Chapelle Saint-Louis et à la salle Louis-Jouvet à Rouen jusqu’au 18 octobre. Entrée libre.
  • Samedi 28 et dimanche 29 septembre de 10 heures à 18 heures au Tennis couverts à Darnétal. Tarifs : 6 €, 4 € une journée, 8 €, 6 € les deux jours, gratuit pour les moins de 16 ans, les étudiants de l’Université de Rouen et les porteurs de la carte Atout Normandie. Programme complet sur www.normandiebulle.com
  • Lire également l’interview de Batem

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